L’Institut Thomas More recentre les objectifs de la formation sur les besoins de l’entreprise

9 décembre
2013

Contre la réforme a minima que redoute l’Institut Thomas More (voir encadré), le laboratoire d’idées inspiré par la droite chrétienne européenne formule « 15 propositions pour une approche responsable et durable ». Reprenant à son compte le diagnostic d’un système à bout de souffle, coûteux, inefficace et inégalitaire.

L’Institut Thomas More entend « en finir avec l’impossible réforme de la formation professionnelle ». Tel est l’objectif de Michel Fourmy, ex- manager du groupe Cegos devenu expert en management des ressources humaines et auteur de ce rapport publié jeudi 5 décembre. En trente pages placées sous le signe de la « responsabilité des acteurs (individus, Régions, entreprises) » et du « rapprochement des actions de soutien à l’emploi au plus près des entreprises et des salariés », Michel Fourmy développe quatre leviers de réforme et quinze propositions. Si la négociation en cours n’augure rien de bon selon l’Institut Thomas More, c’est d’abord qu’il y manquerait quatre conditions pour changer la donne : le réalisme, dont la ligne d’horizon se situerait au niveau de l’emploi et de l’employabilité ; l’ambition, qui réclame une prise en compte globale des enjeux ; le courage, qui demande de dépasser les intérêts particuliers des acteurs du système et, enfin, la durée, ici évaluée à trois ans.

« Une réforme systémique et durable »

L’intérêt général à réformer le système de formation professionnelle bute sur les intérêts particuliers des réformateurs. Tel est le credo de l’Institut Thomas More pour réclamer la mise à plat du système. Il convient donc de commencer par la définition d’un schéma directeur des changements à conduire en trois ans, la création d’un comité de pilotage interprofessionnel responsable devant le Parlement et incluant les entreprises et salariés non affiliés aux syndicats, la réforme du financement du paritarisme et la suppression du 0,9%.

« Rendre chacun acteur de son employabilité par l’apprentissage tout au long de la vie »

À partir d’un diagnostic commun à l’ensemble des acteurs selon lequel un monde en mutation réclame une adaptation permanente des compétences, l’Institut Thomas More choisit de formuler quatre propositions visant à responsabiliser les individus. Ceux-ci doivent d’abord apprendre à raisonner davantage en termes de projet qu’en termes de droits à la formation, davantage en termes de marché que d’aspirations individuelles et, ceci, dès la classe de troisième. L’apprentissage est une « filière d’excellence », mais à recentrer sur des publics cibles « sortant du système scolaire sans les acquis fondamentaux ». Ces acquis fondamentaux ne sont pas ceux de l’Éducation nationale mais ceux nécessaires aux entreprises. Particulièrement nécessaire aux yeux de l’Institut Thomas More, la responsabilisation de ces publics cibles implique la signature d’un « contrat d’honneur » pour les jeunes majeurs et d’une « responsabilisation contractuelle des parents de mineurs n’ayant pas accès aux études supérieures et accompagnés dans leur accès à l’emploi ».

« Faire de la région l’épicentre de la réforme »

Puisque l’alpha et l’omega de la formation est l’emploi, il apparaît logique à l’Institut Thomas More d’aborder la question en proximité avec le marché du travail. Considérant que seuls 2 % de la population salariée se révèle mobile, l’échelon national apparaît peu pertinent et la région semble tout indiquée. Les politiques de GPEC régionales sont appelées à structurer les dispositifs de formation.

« Valoriser et renforcer la responsabilité sociétale des entreprises »

Présentée par l’Institut Thomas More comme un pendant à l’effort de responsabilisation demandé aux salariés, la dernière partie du rapport formule quatre propositions que Michel Fourmy rattache à la RSE. Il s’agit, premièrement, de supprimer le plan de formation au bénéfice d’un plan de développement de l’emploi et de l’employabilité (PDEE) centré sur l’obligation de GPEC, dont la mise en œuvre devra être garantie (proposition n° 2). L’accompagnement et le financement de la démarche dans les TPE relèveraient du service public de l’emploi et de la formation (proposition n° 3). Enfin, le rapport propose de renforcer l’apprentissage en créant une obligation de mise en œuvre sur le principe de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés.

L’Institut Thomas More
Créé en 2004, l’Institut Thomas More se définit comme « un think tank d’opinion, européen et indépendant basé à Bruxelles et Paris ». Présidé par le Belge Christian Boon Falleur formé à l’Université catholique de Louvain, le conseil d’administration compte des personnalités proches du Medef et de la droite chrétienne, notamment représentée par Charles Millon. Hervé Mariton (UMP), Charles Beigbeder (UMP) ou encore Sabine Roux de Bézieux apparaissent au conseil d’orientation. Pourquoi Thomas More ? Contemporain d’Erasme, auteur célèbre d’un éloge de la sagesse (Utopia) qui répond à l’Éloge de la folie de son ami hollandais, Thomas More est prisé du courant humaniste européen comme des catholiques qui admirent la constance de sa foi face au roi Henri VIII. C’est bien à cette sainte figure que se réfère l’Institut Thomas More, qui rappelle que l’homme a été fait Saint patron des responsables politiques et de la vie politique par Jean-Paul II lors du jubilé de l’an 2000. Pour avoir développé la vision d’une société idéale reposant sur la propriété collective des moyens de production et l’absence d’échanges marchands, Thomas More inspire également le courant socialiste.

  • "En finir avec l’impossible réforme de la formation professionnelle : 15 propositions pour une approche responsable et durable" (Michel Fourmy, Institut Thomas More, 30 p., décembre 2013) : format PDF - 685 ko

Nicolas Deguerry
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 9 décembre 2013.

Mis en ligne le 9 décembre 2013
Publicité

catalogue 2018-2019