Compte personnel de formation et réforme de la formation professionnelle : encore de nombreuses divergences entre partenaires sociaux (conférence des présidents d’université)

6 décembre
2013

«  On ne va pas faire la négociation devant vous, on est tous d’accord sur ce point ! » lance Antoine Foucher, directeur des relations sociales, de l’éducation et de la formation du Medef lors d’une table ronde où sont invités les partenaires sociaux pour discuter du thème « les universités au cœur de la formation professionnelle et de l’apprentissage ». Le rendez-vous a eu lieu dans le cadre du colloque de la conférence des présidents d’université [1] au conservatoire national des arts et métiers (Cnam) jeudi 28 novembre 2013 . Si la négociation difficile (notamment entre organisations patronales) est bien évidemment en arrière-plan de cette rencontre, chaque intervenant ne montre rien de ses divergences avec les autres, mais il a à cœur de souligner ses préconisations.

La formation doit-elle être diplômante ou doit-elle répondre aux besoins de l’entreprise ?

Pour Antoine Foucher, « la formation professionnelle et l’apprentissage souffrent d’être perçus seulement comme un financement au lieu de répondre aux intérêts des principaux acteurs, c’est-à-dire les salariés, les entreprises et les demandeurs d’emploi ». Il développe son argumentaire en soulignant que « l’apprentissage est un système où l’usager n’est pas au centre. Ce sont les Régions et l’Éducation nationale qui sont décisionnaires. Or, ces acteurs ne sont pas les plus intéressés par le système qu’ils gèrent. Les partenaires sociaux sont ensuite au mieux consultés mais ne sont pas décideurs (…) Alors, pour compenser les inconvénients du système, on donne de l’argent aux entreprises ». En élargissant la question à la formation professionnelle, le représentant du Medef dénonce un système davantage « construit pour les gestionnaires que pour les usagers ».

Il souligne que « si on veut construire un système efficace, il faut s’interroger sur les besoins des salariés, des entreprises et des demandeurs d’emploi ». Christian Janin, responsable du service emploi et sécurisation des parcours professionnels de la CFDT est d’accord avec lui sur ce point : « quels dispositifs sont pertinents et avec quels publics derrière ? ».

Ce n’est pas le cas de Francine Pierre, en charge de la formation professionnelle à la fédération CGT de la métallurgie, qui interpelle ses deux voisins de table : « ne réduisons pas les finalités aux enjeux des entreprises ! Il faut surtout corriger les accès inégaux à la formation professionnelle et participer au développement économique des territoires ». Pour sa part, Jean-Michel Pottier (président de la commission nationale éducation et formation à la CGPME) insiste sur « la formation en alternance », dispositif qui met en relief le rôle de « deux formatrices, l’université et l’entreprise ».

Il insiste : «  pas seulement l’université ». Quant à Hubert Raguin, secrétaire général de la fédération nationale de l’enseignement à FO, il ne laisse aucune alternative : «  pour nous, l’apprentissage doit être conçu comme une filière complète aboutissant à des diplômes nationaux, avec un vrai emploi et un vrai salaire  ».

Le compte personnel de formation (CPF) doit-il seulement favoriser l’employabilité ?

Sur le thème du CPF, Antoine Foucher (Medef) se positionne : « est-ce que le CPF doit obligatoirement mener à une formation diplômante ? Partons des besoins du public et des entreprises. Ils ont besoin de compétences... la seule question qui vaille est « est-ce que cette formation permet de trouver un emploi et d’être employé ? » Savoir que la formation est inscrite au RNCP [répertoire national des certification professionnelles], on s’en fiche ! Est-ce qu’une formation a une valeur sur le marché du travail est la seule question qui se pose ».

Pas d’accord du tout, Hubert Raguin (FO) lui rétorque : « pour nous, il s’agit d’un diplôme national avec une qualification reconnue. C’est autour de ces préoccupations qu’il faut débattre et seulement dans le cadre de l’université ».

Le lendemain, 29 novembre 2013, Michel Sapin est intervenu dans le colloque. Le ministre du Travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social a souligné : « nous voilà à la frontière de la formation initiale et professionnelle, comme à celle entre l’entreprise et l’université qui doivent désormais fonctionner en écosystèmes ».

Il a donné sa propre définition du rapport entre CPF et université, une synthèse entre les préconisations du Medef et de FO : «  les universités me semblent particulièrement bien placées pour jouer un rôle dans ce développement de la formation tout au long de la vie par le compte personnel de formation (…) parce qu’il a une visée qualifiante (…) Les université doivent devenir demain les opérateurs d’une sécurisation dynamique des parcours professionnels ».

Il a conclu que «  l’implication des universités est indispensable pour que notre pays, ses jeunes, ses salariés, ses demandeurs d’emploi, montent en compétence et deviennent des professionnels aussi efficaces qu’éclairés dans une économie compétitive et inventive ».

Claire Padych
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 2 décembre 2013.

[1La CPU est une association loi de 1901 qui rassemble les dirigeants des universités et établissements d’enseignement supérieur et de recherche afin de porter la voix et les valeurs des universités dans le débat public.

Elle comprend actuellement une centaine de membres votants (présidents d’université, directeurs d’écoles normales supérieures, d’INP, d’INSA ; administrateurs généraux) mais également des membres associés.

Mis en ligne le 6 décembre 2013
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