Le projet d’Ani formation, un texte « équilibré » selon Florence Poivey (Medef)

30 octobre
2013

« Nous avons eu le souci de soumettre à la discussion un texte (voir notre article) d’emblée équilibré, c’est-à-dire comportant dès aujourd’hui un certain nombre de revendications fortes de plusieurs organisations. Je pense par exemple à l’opposabilité du CPF (Compte personnel de formation) ou encore à la mise en œuvre d’une gouvernance nationale et régionale forte », déclare Florence Poivey, la chef de file Medef, dans sa déclaration liminaire à la troisième séance de négociation nationale et interprofessionnelle relative à la formation professionnelle, tenue mercredi 23 octobre 2013.

Toutes les organisations n’ont cependant pas jugé le texte « équilibré », au premier rang desquelles la CGPME, en désaccord avec le principe de la suppression de la contribution « plan de formation » pour les entreprises de 10 salariés et plus (voir notre article). « Le Medef a opté pour une réforme profonde et structurelle », explique Florence Poivey aux journalistes, à l’issue de la réunion. « Il est normal que cela bouscule et puisse créer des appréhensions. Or nous n’avons pas encore eu le temps de balayer, de traiter en négociation tous les sujets qui font peur. »

Pour « une vision globale de la réforme »

Lors de la réunion, elle a notamment insisté sur l’importance pour les partenaires sociaux, d’avoir «  une vision globale de la réforme » sans laquelle « il n’y aura pas de réforme structurelle ». En clair, elle ne souhaite pas aborder la réforme par tranche (CFP, gouvernance, FPSPP…) pour ne pas nuire à la cohérence d’ensemble. Les 4 parties du projet d’Ani transmis aux autres négociateurs par le Medef sont donc « indissociables ».

En outre, Florence Poivey tempère le titre I du texte, selon lequel « l’évolution et la promotion professionnelles relèvent de la responsabilité du salarié » : « Cela ne veut pas dire, bien-sûr, que l’employeur doive se désintéresser de l’évolution et la promotion des salariés : au contraire ! Nous poussons au dialogue, aux convergences entre salariés et employeurs sur ce sujet, notamment par le mécanisme d’abondement du CPF », dit-elle. Ainsi, dans l’idée de l’organisation patronale, le CPF est un « socle de droits », qui permet un abondement par les acteurs publics ou privés, l’employeur ou la personne elle-même, ou bien des dispositions négociées dans un accord de branche ou d’entreprise.

Financement général du système : « créer une dynamique nouvelle » par les accords de branche

Le financement du système de formation, tel que proposé par le Medef, ne plaît pas beaucoup aux autres négociateurs, ceux-ci accusant l’organisation de vouloir diviser en deux la contribution des entreprises. Du tout, répond Florence Poivey. « L’obligation de dépenser des entreprises n’est pas la seule source de financement », explique-t-elle au sortir de la réunion. Elle compte notamment sur une «  dynamique nouvelle » en confiant à la branche professionnelle «  le soin d’organiser, en fonction de sa spécificité, du tissu de ses entreprises, cette mutualisation ». « Plus de deux tiers des branches n’ont d’ailleurs pas attendu et ont déjà des obligations conventionnelles », ajoute-t-elle.

Par ailleurs, la représentante du Medef fait valoir le fait qu’en moyenne «  les entreprises dépensent déjà plus que leur obligation légale. L’investissement formation existe déjà dans une grande partie des entreprises et pas forcément les plus grandes », dit-elle.

Mettre en place un système « incitatif »

Florence Poivey fait part de sa volonté de créer un système incitant les entreprises à avoir recours à la formation professionnelle. « Aujourd’hui, la formation, pour un chef d’entreprise, est vue comme une contrainte. L’imputabilité est un cauchemar. Je veux la gommer », dit-elle.

Par ailleurs, sur le sujet de la reconnaissance en entreprise de l’effort de formation du salarié (tant du point de vue de la rémunération que de l’évolution professionnelle), elle affirme vouloir se montrer « attentive ». « Nous sommes sur un projet qui veut inciter à la formation, il ne faut pas le paver de résistances ! La reconnaissance en entreprise peut devenir un frein », ajoute-t-elle.

Aurélie Gerlach
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 24 octobre 2013.

Mis en ligne le 30 octobre 2013
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