Quelle gouvernance pour le futur CNEOFP en charge de la chaîne orientation - formation - emploi ? (Hubert Patingre, CNFPTLV)

8 octobre
2013

Séance de rentrée pour le Collectif des présidents qui, le 26 septembre, entamait son second cycle d’auditions d’acteurs de la formation, en invitant cette fois Hubert Patingre, secrétaire général du Conseil national pour la formation professionnelle tout au long de la vie (CNFPTLV). Un conseil dont l’agenda 2014 est d’ores et déjà marqué par sa prochaine fusion avec le Conseil national de l’emploi (CNE) en vue de la création, dans le cadre de l’acte III de la décentralisation, d’une instance unique : le Conseil national de l’emploi, de l’orientation et de la formation professionnelle (CNEOFP).

Entre le lancement du Collectif et la trêve estivale, les présidents d’associations – représentants de la société civile souhaitant contribuer à la réforme de la formation – auront auditionné onze personnalités. De ces échanges, le « Collectif des 21 » - ils sont près d’une trentaine aujourd’hui – aura tiré un premier bilan d’étape faisant état de trois questions majeures : quel sens donner à la formation professionnelle ? Comment rendre son système plus lisible ? Comment en améliorer la gouvernance ? Des questions d’autant plus pressantes que cette rentrée 2013 a vu les acteurs de la réforme passer la sur-multipliée en vue d’un ANI prévu pour décembre et au fil des incantations sur l’urgence de l’élaboration d’un nouveau système de formation professionnelle. Car du désir de « réforme historique » de Michel Sapin à l’ « appel à une grande réforme » de Pierre Gatttaz en passant par le « big bang de la formation » souhaité par Jacques Attali, l’urgence calendaire se fait sentir.

Une articulation État - Régions - partenaires sociaux à imaginer

Une urgence qui concerne particulièrement le CNFPTLV, non seulement parce qu’au terme du deuxième volet de l’Acte III de la décentralisation, ce dernier verra ses compétences élargies aux champs de l’emploi et de l’orientation, mais aussi parce que cette instance accueille en son sein les trois acteurs directement concernés par la réforme à venir : État, Régions et partenaires sociaux dont les ambitions peuvent parfois souffrir de contradictions.

« L’ambition de l’État, c’est avant tout l’infléchissement de la courbe du chômage et la formation des demandeurs d’emploi. Un objectif qu’il ne peut atteindre qu’en y affectant davantage de fonds issus des collectivités régionales ou du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP). Les Régions, pour leur part, doivent s’investir massivement sur les questions d’orientation, d’apprentissage et de formation des publics spécifiques alors que leur budget a diminué d’1,7 milliard au titre du PLF 2014... Quant aux partenaires sociaux, ils insistent pour que les salariés en poste ne soient pas les sacrifiés d’un nouveau fléchage des fonds de la formation... l’articulation entre ces priorités risque d’être difficile à mettre en place » a expliqué Hubert Patingre. D’autant qu’il va également s’agir d’inventer une gouvernance cohérente dans le futur CNEOFP, fusion d’organismes à l’architecture différente. « Au CNFPTLV, chaque Région dispose d’un siège alors qu’au CNE, c’est l’Association des Régions de France (ARF) qui représente les collectivités territoriales... »

La résurrection des "entretiens Condorcet" ?

Sans compter que si le CNEOFP pourra bénéficier de l’expertise des ex-CNE et CNFPTLV sur les questions d’emploi et de formation, le domaine de l’orientation reste encore terra incognita. « Et pourtant, il faudra bien développer l’expertise en la matière et identifier les acteurs nationaux et régionaux de l’orientation » a averti le secrétaire général du CNFPTLV qui imagine de recourir à l’expérience de personnalités qualifiées pour développer les compétences du futur CNEOFP en la matière. Des personnalités qualifiées issues, par exemple, de la société civile à l’image des membres des associations réunies au sein du « Collectif des 21 ». « La question de l’ouverture du Conseil se posera en fonction des missions qui lui seront confiées » a résumé Hubert Patingre. Un projet d’ouverture sur lequel a rebondi Yves Attou en suggérant l’instauration de lieux de débats publics où pourraient se réunir l’ensemble des acteurs concernés par la chaîne orientation – formation – emploi. « Cela pourrait signifier une relance des entretiens Condorcet tels que les avait imaginés André Laignel en son temps » a précisé le président du Collectif, « des lieux de débats décloisonnés où pouvait s’exprimer toute la diversité des opinions en matière de formation professionnelle ». À voir si cette idée figurera dans le rapport final que le Collectif des présidents rendra au mois de novembre.

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 27 septembre 2013.

Mis en ligne le 8 octobre 2013
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