La négociation interprofessionnelle s’ouvre sans déclaration d’intention patronale

25 septembre
2013

Quarante minutes. C’est à peu de choses près le temps qu’aura duré la première séance de négociation entre partenaires sociaux relative à la réforme de la formation professionnelle tenue au siège du Medef, le mardi 24 septembre. Juste le temps d’établir un calendrier des futures rencontres entre acteurs syndicaux et patronaux puisque ces derniers n’ont pas souhaité faire de déclaration d’intention lors de ce premier tour de table. C’est donc sur la base d’une rencontre toutes les quinzaines que devraient avancer les discussions, prévues pour s’achever - par un accord ou non - le 12 décembre prochain.

« Il n’était pas écrit d’avance que nous parviendrons aussi vite à nous accorder sur le calendrier des discussions, c’est de bon augure pour la suite de la négociation », s’est félicitée Florence Poivey, présidente de la commission éducation–formation-insertion du Medef et chef de file de la principale délégation patronale durant les débats à venir, « une telle unanimité démontre que les syndicats souhaitent très rapidement rentrer dans le vif du sujet car les entreprises, pour leur part, attendent impatiemment cette réforme ! »

Côté syndical, toutefois, si l’on apprécie l’accord général sur le timing des rencontres, on regrette d’avoir dû sacrifier cette première journée sans rentrer dans le fond, ni évoquer les questions de méthode. « Le patronat n’avait même pas préparé de déclaration préalable, c’est à se demander s’ils souhaitent réellement négocier », s’est étonné Jean-Pierre Therry, leader de la délégation CFTC à qui la légèreté avec laquelle les représentants des employeurs ont entamé ce premier round laisse imaginer que la partie patronale pourrait jouer la montre.
« Pour l’instant, la partie patronale ne semble pas vouloir répondre à la volonté gouvernementale de légiférer début 2014... », a regretté le syndicaliste chrétien. Des soupçons partagés par la CGT qui, dans un communiqué publié au cours de la journée, aura déploré « que le patronat ait déclaré ne pas être prêt à négocier alors que les organisations syndicales, elles, l’étaient ».

Car ce qu’attendaient une partie des représentants syndicaux, c’est une annonce claire du patronat concernant ses positions sur le « 0,9 % » de la collecte obligatoire des entreprises dont toutes ou une partie pourrait se voir flécher vers l’abondement du compte personnel de formation. Un fléchage sur lequel la CFTC – signataire de l’ANI du 11 janvier 2013 et donc favorable à la création du compte – s’est affirmée prête à négocier, mais « à la marge et à condition que ces fonds soient consacrés en priorité à la formation des salariés de PME et TPE », comme l’a rappelé Jean-Pierre Therry.

Mais la centrale chrétienne n’est pas l’unique signataire de l’ANI qui se montrera vigilante quant au contenu exact du futur CPF puisque, côté cadres, la CFE-CGC a également signifié sa volonté de ne pas accoucher d’un dispositif à l’usage exclusif des demandeurs d’emploi ou des entreprises qui pourraient être tentées de le fondre dans leur plan de formation. « Nous ne sommes pas venus déglinguer les dispositifs existants, mais bien jeter les bases de nouveaux outils adaptés à un monde du travail qui n’est plus celui de 1971 ! », a souligné Marie-Françoise Leflon, secrétaire générale de la centrale de l’encadrement. Un monde où, selon elle, la compétitivité des entreprises passe par le maintien d’une formation de qualité pour les cadres, tant par la promotion de l’alternance dans l’enseignement supérieur que par la création d’un compte personnel dont les personnels d’encadrement ne se verraient pas exclus au nom de leur formation initiale, présumée meilleure que celle des autres salariés. « Le CPF, d’accord, mais uniquement s’il devient un droit opposable à l’entreprise », a résumé la présidente de l’Apec.

D’ici au 10 octobre – date de la prochaine séance de négociation – les quelques rencontres bilatérales n’ayant pas encore eu lieu se seront tenues. Reste à savoir si, au moment de ce deuxième tour de table, la partie patronale aura adopté ce que Jean-Pierre Therry qualifiait d’« état d’esprit propre à la négociation » qui lui a manifestement fait défaut ce 24 septembre.

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 25 septembre 2013.

Mis en ligne le 25 septembre 2013
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