Marc Ferracci (Crest) : « Le compte personnel de formation doit être abondé selon le niveau du salaire »

18 septembre
2013

Coauteur de l’étude « Formation professionnelle : pour en finir avec les réformes inabouties » (Institut Montaigne, 2011), Marc Ferracci a rappelé que les réformes précédentes ne s’étaient pas attaquées aux problèmes majeurs de la formation : inégalité d’accès, évaluation des formations et bien sûr, parcours du combattant pour les individus. Le tout à l’occasion d’une table-ronde intitulée « Formation professionnelle : le débat de la dernière chance », organisée par l’Institut Montaigne mercredi 11 septembre.

Il partage le constat que « l’obligation légale a des effets délétères. L’entreprise n’a pas du tout la contrainte de s’intéresser aux plus défavorisés et investit donc sur les salariés les plus rentables ». « Or, rappelle-t-il, la collectivité a intérêt à ce que les entreprises investissent dans la formation. Si celle-ci a peu d’effets sur le salaire ou la productivité, on sait en revanche qu’elle stabilise les individus dans l’emploi ». Il appelle donc de ses vœux à revenir sur l’obligation légale et à mettre en place un système de subvention ou de crédit d’impôt incitant les entreprises à aller plus loin.

Concernant le compte personnel de formation et le débat actuel sur les éléments à prendre en compte pour l’abonder, il suggère que le critère principal soit le salaire. « C’est ce qui me semble le plus simple et le plus juste. Plus le salaire serait élevé et moins le compte serait abondé ». Autre question : faut-il cumuler des heures ou des euros ? Si les partenaires sociaux semblent s’orienter vers le choix des premières, il prône plutôt l’inverse. « Il est plus cher de former un cadre qu’un ouvrier : faire abonder des euros serait là encore un facteur de réduction des inégalités face à la formation  ».

Par ailleurs, sur la question du collecteur, le chercheur du Centre de Recherches en Économie et Statistique (CREST) choisit l’Urssaf. « Mon choix n’est pas dicté par des questions d’efficacité car les frais de gestion des Opca sont les mêmes que ceux des Urssaf. Je pense que cela permettrait tout simplement que les salariés voient ce qu’ils cotisent. Cela n’empêche en rien de mettre en place des collectes spécifiques aux branches, mais sous forme conventionnelle. »

Enfin, Marc Ferracci, défend l’idée que des organismes accréditeurs habilitent les prestataires qui pourront délivrer des formations issues du compte personnel formation. « En Allemagne, quelques années après la réunification, une telle politique a permis de passer d’un marché de 10 000 organismes à 3 500. Ces organismes devront prouver, en se référant à des outils statistiques, que leurs formations répondent à des besoins identifiés. Le système ne doit plus être piloté par l’offre mais par les besoins. »

François Picard
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 12 septembre 2013.

Mis en ligne le 18 septembre 2013
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