« La réforme n’aboutira pas en décembre prochain » (Fabrice Gutnik, Afref)

15 juillet
2013

En profondeur car, en instaurant un compte personnel de formation pour chaque individu et en transférant l’essentiel des compétences orientation-formation aux Régions, l’État pose la question des compétences que lui-même compte conserver sur ces dossiers. « Une fois le transfert effectif validé par l’acte III de la décentralisation, quel rôle tiendra l’État demain en matière de formation et, surtout, avec quelle légitimité puisqu’il aura, de sa propre initiative, cédé ses compétences à d’autres entités territoriales ? », s’interroge le président de l’Afref.

Un point qui amène également l’association à se questionner sur les conséquences de cette décentralisation concernant les attributions que compte conserver l’État dans le ciblage des publics les plus fragiles et la garantie du maintien de l’égalité de tous devant l’accès à la formation. « On reste citoyens de la Nation, pas de sa Région... »

L’Europe absente du document d’orientation

Paradoxe, donc, d’un État qui impose un calendrier rigoureux aux partenaires sociaux – s’inscrivant en cela dans la tradition colbertiste française – tout en déléguant une partie de ses compétences aux Régions et qui, dans son document d’orientation omet d’aborder l’articulation de la réforme annoncée avec les perspectives européennes. « En 2009, des initiatives telles que la portabilité du Dif ou la rupture conventionnelle s’inscrivaient dans l’esprit de la stratégie de Lisbonne », se souvient Fabrice Gutnik, « mais je ne retrouve rien de tel dans la lettre de cadrage publiée par le ministère du Travail. »

Conserver la réforme « ouverte » après décembre 2013

Et au vu du calendrier serré des négociations, le président de l’Afref peine à croire qu’une réforme complète sortira des débats, du fait, notamment, de la complexité d’un dispositif aussi ambitieux – mais complexe – que le compte personnel de formation. « À cause du calendrier, les partenaires sociaux sont focalisés sur le sujet de l’abondement de ce compte et sur la façon d’y associer le Dif. Ils ont la tête sous l’eau et je ne les vois pas ouvrir d’autres volets que ceux-ci dans les temps impartis. Il faut se faire à l’idée que la réforme ne sera pas aboutie en décembre prochain », souligne Fabrice Gutnik qui, de fait, plaide pour une réforme « ouverte », susceptible d’être complétée par d’autres débats après la date butoir.

Sur le CPF, en particulier, puisque si les premières expérimentations prévoient d’être ciblées sur les demandeurs d’emploi les plus précaires et les jeunes, ce nouveau dispositif nécessitera une importante pédagogie – voire de vastes campagnes de communication – pour être pleinement efficace. « Si l’on ne veut pas réitérer l’échec du Dif, il sera nécessaire de sensibiliser les individus à l’existence de ce compte, et surtout, les responsabiliser sur leur formation individuelle. Certains auront besoin d’accompagnement dans leurs démarches », explique Fabrice Gutnik .

Un besoin d’information qui, aux yeux de celui qui occupe aussi la fonction de vice-président du « Collectif des 21 » [1], associations pour la formation professionnelle, devra impliquer la société civile. À ce titre, le président de l’Afref souligne l’aspect positif de la nomination d’une « personnalité qualifiée » à la tête du groupe quadripartite de mise en œuvre du CPF. « Un signe tardif... mais heureux. »

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 15 juillet 2013.

[1Si le nom d’origine est resté, le nombre d’associations ayant rejoint le Collectif dépasse aujourd’hui la trentaine.

Mis en ligne le 15 juillet 2013
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