« Je suis jacobin sur les finalités et girondin pour la mise en œuvre » (Philippe Meirieu)

28 mai
2013

Le collectif des présidents a reçu, le 27 mai 2013, Philippe Meirieu, professeur des universités en sciences de l’éducation (université Lumière-Lyon 2) et vice-président de la Région Rhône-Alpes, délégué à la formation tout au long de la vie.

En préambule, Philippe Meirieu a déploré que le projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, adopté en première lecture par l’Assemblé nationale puis le Sénat, soit si discrète en matière de formation professionnelle [1]. Revêtant tantôt la casquette de chercheur et tantôt celle d’homme politique de gauche, il a plaidé pour une réflexion sur « la finalité de la formation  » qui comprend trois volets : personnel, professionnel et culturel. Ces aspects sont très importants dans les choix qui sont faits par les personnes devant être formées et devraient être également pris en compte par les prescripteurs des formations.

Autre nécessité selon lui, se pencher sur deux lieux communs qui sont l’individualisation et la compétence. « On doit débattre de l’individualisation comme système  », a-t-il martelé, montrant les différents risques représentés par «  l’homme machine  » ou par les organismes de formation, qui pourraient être tentés d’exclure les moins bons éléments pour pouvoir afficher les meilleurs résultats avec un public déjà sensibilisé à la formation. Quant à la compétence, le professeur a montré qu’il fallait réfléchir en amont aux ambitions d’un programme sous peine de risquer de déshumaniser la formation. « Il faut ré-explorer le couple individualisation/compétence pour qu’il ne devienne pas le Meilleur des Mondes d’Huxley  » et dans lequel toute recherche de pédagogie serait oubliée.

40 % des jeunes en CDI lâchent leur travail dans les six premiers mois en Rhône-Alpes…

Le vice-président de la Région Rhône-Alpes, délégué à la formation tout au long de la vie, a également fait part de son expérience sur son territoire, déplorant que 40 % des jeunes en CDI lâchent leur travail dans les six premiers mois pour retourner à une situation qui n’est pas acceptable, puisqu’ils se retrouvent sans emploi. Il a également fait part d’une statistique douloureuse constatée dans sa Région : il se passe 29 mois entre le moment où un jeune décroche et celui où il se présente devant une mission locale. L’accompagnement à l’emploi n’est donc pas sécurisé, a estimé Philippe Meirieu. « Alors à qui la faute ? Pourquoi de tels dysfonctionnements  » lui ont demandé les participants à cette rencontre. « Il faut que les politiques et les parlementaires prennent leurs responsabilités en répartissant les rôle et je souhaiterais évidemment que l’on en donne un principal aux Régions. L’indécision chronique du politique sur ces questions pose problème  ». Alors contre la décentralisation, Philippe Meirieu ? « Je suis jacobin sur les finalités et girondin pour la mise en œuvre  », a-t-il répondu.

« Le SIEG n’abolira pas la mise en concurrence »

Sur le point des financements « toujours très compliqués  », Philippe Meirieu ne s’est pas étendu, préférant développer l’idée que la démarche qualité doit toujours l’emporter sur les procédures de contrôle. « L’État aurait un rôle à jouer pour accompagner la démarche qualité à partir d’un cahier des charges national et précis ».

Et le Service d’intérêt économique général (SIEG) ? Il a souligné que « le SIEG n’abolira pas la mise en concurrence  ». Or cette mise en concurrence à laquelle il se dit «  radicalement hostile » est déjà présente. L’habilitation à cinq ans ne permettrait pas non plus forcément de la supprimer. Seule solution, selon lui : « mutualiser et travailler ensemble ». Et également examiner la déclinaison du droit européen à l’échelle de la France – sur laquelle il n’y pas de consensus aujourd’hui.

Quant à la future loi sur la Formation professionnelle, le professeur Meirieu a indiqué que c’était un « mauvais signal qu’il n’y ait plus de ministre  » dédié à cette question. Et de conclure qu’« il faudrait un chef de chantier pour un chantier de cet enjeu  ».

Claire Padych
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 28 mai 2013.

[1la seconde lecture sera faite devant les députés le 3 juin

Mis en ligne le 28 mai 2013
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