« Définir les objectifs du compte personnel de formation avant d’en imaginer le financement » (FO)

22 mai
2013

Le 17 mai, à cinq jours de la première concertation qui réunira État, Régions et partenaires sociaux en vue d’entamer les discussions relatives au compte personnel de formation, c’était au tour de Stéphane Lardy, secrétaire national FO en charge des questions de formation et d’emploi, de s’exprimer devant le « Collectif des présidents ». Une intervention au cours de laquelle il aura principalement été question du compte en question, mais aussi de la future conférence sociale prévue au mois de juin.

La veille au soir, justement, le Chef de l’État s’était exprimé à l’occasion d’une conférence de presse où il avait annoncé son intention de davantage flécher les fonds de la formation en direction des demandeurs d’emploi et des salariés les moins qualifiés. Une déclaration qui, selon Stéphane Lardy, induit le risque de demander à la formation professionnelle davantage que ce qu’elle est susceptible d’offrir en termes de diminution du chômage. « Les réformes de la formation professionnelles constituent souvent les solutions auxquelles recourent les gouvernements lorsqu’ils n’ont plus rien d’autre à dire en matière économique... Cela ne doit pas éluder les questions de fond sur la nature du travail et de la situation de l’emploi ». Mais c’est aussi avec un léger agacement que le syndicaliste évoque la réforme à venir alors qu’à la précédente Conférence sociale de 2012, le gouvernement Ayrault s’était engagé à ne pas en entamer de nouvelle...

« En créant un droit d’initiative, on suscite une attente chez le public... »

Toutefois, FO souhaite se montrer active dans les concertations à venir, notamment en ce qui concerne le compte personnel de formation dont Stéphane Lardy souhaite d’abord voir les objectifs définis avant que toute discussion relative à son financement ou sa gouvernance ne débute. « L’ANI précise bien l’universalité de ce compte, ce qui concernerait près de 28 millions de personnes. Sachant qu’une formation de six mois peut coûter de 10 à 15 000 euros, comment l’abonder ? Le législateur, en ne se posant pas cette question, a pris une énorme responsabilité en votant la loi sur la sécurisation de l’emploi car en créant un droit d’initiative personnelle, il suscite aussi une attente chez le public ». Un droit différent de l’actuel Dif, puisque dans le cas de salariés d’entreprises, le compte, lui, pourrait être mobilisé sans l’accord de la hiérarchie. Comment gérer les situations qui en découleront ? Et sur quel type de formation pourrait-il déboucher ? Des questions que FO entend aborder dès le 21 mai prochain alors que, déjà, certains éléments patronaux se sont déclarés favorable à ce que le compte puisse être mobilisé non uniquement sur des formations qualifiantes ou diplômantes, mais sur des habilitations (type Caces [1], par exemple), ce qui reviendrait à en dévoyer l’esprit. « Si des réponses à toutes ces questions ne sont pas apportées, alors le CPF ne sera qu’un pétard mouillé, mort avant même d’avoir vécu » concluait Stéphane Lardy.

La genèse de la professionnalisation : à revoir

Autre volet de la future réforme : le sort de l’apprentissage et de la professionnalisation. Certains think tanks - à l’image du CJD [2]par exemple - ambitionnent la fusion de ces deux dispositifs. Pas FO. « Ces deux dispositifs reposent sur des historiques et des pratiques différentes en fonction des populations, des branches ou des territoires. Dans l’industrie alimentaire, où le public est en moyenne plus âgé que dans d’autres secteurs, la professionnalisation est massivement utilisée, contrairement aux contrats d’apprentissage » expliquait le syndicaliste.

Ce qui n’exclut pas la nécessité d’une clarification du concept de « professionnalisation ». Une notion, selon lui, encore méconnue et peu compréhensible. « Le dispositif regroupe à la fois le contrat pro, la période de professionnalisation, le tutorat, voire une partie du Dif... Vraiment, sa genèse est à revoir ». Concernant l’apprentissage, en revanche, le dirigeant de FO n’hésite pas à réclamer une collecte de la taxe assurée par les Opca en lieu et place des organismes patronaux, les Octa. « Au moins, l’affectation de la taxe d’apprentissage relèverait des partenaires sociaux » a indiqué le syndicaliste, pas dupe, toutefois, du très probable rejet de cette suggestion par le patronat. « De toutes façons, la question de la taxe ne sera pas abordée dans le cadre d’une négociation puisqu’il s’agit d’un sujet qui ne relève pas du paritarisme ».

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 21 mai 2013.

[1Certificat d’aptitude à la conduite en sécurité. Une habilitation relative aux engins de chantiers.

[2Cercle des jeunes dirigeants. Pour leurs arguments, voir L’Inffo Formation n°834, page 17.

Mis en ligne le 22 mai 2013
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