Compte personnel de formation : « Il faut se donner des priorités » (Stéphane Lardy)

16 mai
2013

Suite à sa rencontre avec Jean-Marc Ayrault, lundi 13 mai 2013, en vue de préparer la conférence sociale de cet été, Stéphane Lardy (Secrétaire confédéral FO en charge de l’emploi et de la formation professionnelle) revient pour le Quotidien de la formation sur son entretien avec le Premier ministre.

Quelle a été la teneur de vos échanges avec Jean-Marc Ayrault ?

Nous attendons de voir ce que propose le gouvernement. Nous savons déjà qu’ils veulent une nouvelle réforme de la formation. La question sera abordée dans le cadre d’une table ronde de la conférence sociale, bien qu’il semblerait que le thème de la formation professionnelle sera sans doute couplé avec les questions relatives à l’emploi. Nous avons dit à Jean-Marc Ayrault qu’il était hors de question pour nous de refaire une réforme des Opca. Il faut d’abord attendre l’échéance des COM (conventions d’objectifs et de moyens) signés pour trois ans entre les organismes et la DGEFP (Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle) pour pouvoir faire un véritable bilan.

Après, il y a la question du compte personnel de formation qui peut constituer un point d’entrée, même si pour FO, ce n’est pas l’alpha et l’omega de la réforme.

Qu’attendez-vous de la négociation qui doit s’ouvrir sur ce compte ?

Nous devons créer des bases fortes qui permettent une montée en charge progressive du dispositif. L’accord du 11 janvier sur la sécurisation de l’emploi ne dit pas grand-chose sur le CPF. Avant tout, il nous faudra apporter la réponse à trois questions : quels publics seront visés ? Quelles formations seront éligibles ? Comment le financer. De nombreuses choses doivent être définies : nos relations avec l’État et les Régions dans le cadre de la mise en œuvre du compte, son articulation avec des dispositifs tels que le Cif (congé individuel de formation), le Dif (droit individuel à la formation) ou avec le plan de formation...

C’est bien beau de dire que le CPF sera un droit universel mais qu’est-ce que cela veut dire ? Concerne-t-il les salariés ? Les 28 millions d’actifs ? Faudra-t-il être inscrit à Pôle emploi pour en bénéficier ? Pour nous, il peut être judicieux d’isoler dans un premier temps des publics prioritaires, par exemple les jeunes ou les personnes sans qualification... De la même manière on peut s’interroger sur le mode de cumul des heures sur le compte, et celui du déblocage desdites heures... Ce ne sont pas tout à fait les mêmes questions ! Les moyens financiers sont aujourd’hui limités et il ne faudrait pas aboutir à ne faire que de la gestion de file d’attente ! Le catalogue des formations éligibles doit lui-aussi être discuté avec les branches et les Régions. Quant au financement, il faudra sans doute revoir des choses. On peut imaginer, par exemple, prendre un peu du 0,9 % (contribution « plan de formation » de entreprises) pour le réattribuer au financement du compte. Quant au financement de la professionnalisation, il prend aujourd’hui en charge trop de dispositifs !

Vous voulez donc faire le ménage dans le système de financement de la formation professionnelle ?

Il ne s’agit pas de faire le ménage mais de se redonner des priorités. Il faut, par exemple, plus de périodes de professionnalisation qualifiantes ! Quant au FPSPP (Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels), il ne doit plus faire figure de structure de refinancement d’Opca qui prennent en charge le plan de formation, ce qui est assez souvent le cas ! Pourquoi ne pas mettre en œuvre juste deux ou trois appels à projets très forts et de s’y tenir sur trois ans ?

Le Medef souhaite la disparition du Dif, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il est clair que le Dif va disparaître, mais ce n’est pas en ces termes que la question se pose. Le Medef voulait tout bonnement faire de la transmutation légale, c’est-à-dire appliquer directement au compte personnel de formation les dispositions aujourd’hui applicables au Dif. Là, j’ai dit non. Le but du CPF n’est pas de devenir un « Dif + », c’est plus compliqué que cela ! Malheureusement, l’accord refait le Dif, et pour nous, il faut aller plus loin que cela, passer à un stade supérieur.

Le CPF peut permettre une meilleure formation des demandeurs d’emploi, il peut permettre aux individus d’être acteurs de leur parcours. Cela peut marcher à condition d’être pragmatiques et de construire quelque-chose qui ait du sens !

Quels autres sujets voulez-vous aborder ?

Nous souhaitons parler de l’offre de formation, car il est temps de mettre le nez dans ce maquis. Nous n’avons pas été assez loin dans la réforme de 2009. Il faut aussi traiter du plan de formation : les catégories existantes sont-elles toujours adaptées ? Si la réforme de 2009 était une réforme de structure, la prochaine sera vraisemblablement une réforme de dispositifs. Nous voulons également discuter, à l’occasion de la conférence sociale, de l’entretien professionnel. Ne pourrait-on pas instaurer une obligation pour les entreprises de faire régulièrement un bilan avec les salariés ?

Sur ce dernier sujet, l’instauration par la loi de sécurisation de l’emploi, d’un conseil en évolution professionnelle ne va-t-il pas dans le sens d’une sécurisation des parcours du salarié ?

J’en ai assez que l’on nous sorte du chapeau de beaux concepts comme celui de conseil en évolution professionnelle. Au bout d’un moment, il faut les mettre en œuvre, ces concepts, mettre les mains dans le cambouis. S’accorder avec les Régions sur ce que l’on y met, et sur comment on l’organise. À cet égard, un équilibre doit être trouvé : la négociation nationale interprofessionnelle sur la formation doit débuter en septembre prochain, alors que la première réunion multipartite prévue par l’accord de sécurisation de l’emploi sur le compte personnel a lieu avec les partenaires sociaux, les Régions et l’État, le 21 mai prochain. C’est un peu compliqué à gérer et nous allons devoir trouver un modus operandi.

Aurélie Gerlach
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 16 mai 2013.

Mis en ligne le 16 mai 2013
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