Elaboration du compte personnel de formation : Stéphane Lardy (FO) veut prendre le temps

22 mars
2013

Le CPF (Compte personnel de formation) est encore un projet trop peu abouti, et les partenaires sociaux auront besoin de temps pour s’accorder sur sa définition, son périmètre et ses modalités de mise en œuvre. C’est en substance le message que passe Stéphane Lardy, secrétaire confédéral à Force ouvrière, chargé du secteur emploi - chômage – formation , à l’occasion d’une audition de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale sur le projet de loi relatif à la sécurisation de l’emploi, jeudi 21 mars 2013. Pour rappel, cette loi doit transcrit l’Ani du 11 janvier 2013 relatif à la sécurisation des parcours que ni FO, ni la CGT n’ont signé.

« Il faut nous laisser du temps »

« Nous n’avons jamais été contre le compte personnel de formation mais nous ne voulions pas qu’il soit abordé dans cette négociation. […] Nous sommes surpris du rajout d’un paragraphe qui pose le principe de la création de ce compte dans l’article L. 6111-1 du code du travail [1]. Celui-ci laisse penser que la formation professionnelle se réduit au compte personnel ! De plus, on a un peu de mal à comprendre de quoi on parle. Par exemple, qu’est-ce que cela veut dire, ‘dès son entrée sur le marché du travail’ ? Parle-t-on des salariés en emploi ? »

Pour Stéphane Lardy, il est cependant nécessaire d’intégrer le principe du compte personnel à la loi, et renvoyer à la négociation les modalités de mise en œuvre. « Toutefois, il faut nous laisser du temps ! », martèle-t-il. « Il nous faut le temps de travailler avec les pouvoirs publics, et notamment les régions qui sont financeuses. Nous avons participé au groupe de travail du CNFPTLV (Conseil national de la formation tout au long de la vie)[[Qui a récemment rendu un rapport intitulé « Réflexion sur la création d’un compte individuel de formation » et nous répondrons présent à la négociation ou à la concertation. Cependant, il faut avoir en tête que le compte personnel percute d’autres dispositifs, comme le Dif (Droit individuel à la formation) ou encore le plan de formation. Se presser pourrait être dangereux. Des expériences étrangères montrent que la mise en place d’un outil type compte personnel de formation peut aller dans le sens d’une restriction des droits des salariés », déclare-t-il, ajoutant que « le souhait du Medef est de supprimer l’accès au Dif pour les salariés ».

Le CPF, un « dispositif de gestion »

Répondant au rapporteur du projet de loi, Jean-Marc Germain, député (PS) de la 12ème circonscription des Hauts-de-Seine, qui lui demandait si, étant donné que les sujets de la formation professionnelle étaient débattus et discutés « depuis des années », il n’était pas temps de passer « au stade de la décision », le représentant FO déclare : « Tous les cinq ans on nous ressort que le système de formation ne marche pas et n’est pas efficace. Moi j’ai envie de demander : quel est l’objectif ? Avoir des chômeurs bien formés ? Avec le CPF tel qu’il est, on nous refait le Dif, et ça ne sert à rien. Il faut bien-sûr nous donner un délai précis, et nous sommes prêts à nous saisir du sujet, mais avec le dispositif actuel, on court à la catastrophe. »

Pour lui, le compte personnel de formation est un « dispositif de gestion », aussi, cela demande-t-il de s’interroger sur les publics cibles. « Il ne faut pas forcément que ce droit soit universel, il devrait s’activer en priorité à la sortie de l’emploi », dit-il. « Comment le finance-t-on ? Est-ce que le salarié doit participer financièrement ? », ajoute Stéphane Lardy. Il insiste également sur le fait qu’il ne faut pas « confonde le compte personnel de formation et le plan de formation », et qu’une « vraie étanchéité » doit exister entre les deux . « Nous sommes prêts à aller vite, mais tout cela, il faut le négocier ! », conclut-il.

Aurélie Gerlach
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 22 mars 2013.

[1« Afin de favoriser son accès à la formation professionnelle tout au long de la vie, chaque personne dispose, indépendamment de son statut, dès son entrée sur le marché du travail d’un compte personnel de formation, individuel et intégralement transférable en cas de changement ou de perte d’emploi. »

Mis en ligne le 22 mars 2013
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