« Impliquer les collectivités territoriales dans l’embauche d’apprentis » (Jean-Pierre Therry CFTC)

13 mars
2013

Pour la CFTC, la revendication d’une nouvelle négociation relative à l’apprentissage n’est pas neuve puisque la centrale de Pantin la réclamait déjà depuis maintenant dix ans. Certes, l’Accord national du 20 septembre 2003 avait permis de renforcer l’attractivité des contrats d’apprentissage (et d’instaurer celui de professionnalisation) tout en simplifiant les dispositions administratives qui s’étaient empilées depuis 1971, mais les négociateurs chrétiens de l’époque avaient alors souhaité aller plus en avant, notamment en clarifiant le statut de l’apprenti. Sans lendemain, à l’époque.

« Depuis, la situation a évolué. Ainsi, récemment, la loi Cherpion de 2011 a permis d’instaurer, par exemple, la carte d’étudiant des métiers permettant aux apprentis de bénéficier des mêmes droits que les étudiants lambda » reconnaît Jean-Pierre Therry secrétaire confédéral adjoint en charge des affaires de formation au sein de la CFTC, « mais il reste encore beaucoup à faire pour faire de l’apprentissage une partie intégrante de la formation continue... ». Et parmi les chantiers à ouvrir, celui de l’accès à l’apprentissage dès l’âge de 15 ans. « A condition, toutefois, que le jeune dispose du socle de compétences et de connaissance requis et que cette orientation relève du volontariat » tient à préciser le responsable CFTC. Pas question, donc, de faire de l’apprentissage une voie de garage, mais plutôt « de permettre à ceux qui ne se sentent pas à l’aise dans le système scolaire ne pas y rester jusqu’à l’âge butoir de 16 ans. Car ces derniers, lorsqu’ils décrochent du fait d’un dégoût de l’école, rencontrent nombre de difficultés avant de se réinsérer dans un cycle de formation ».

Ne pas exclure les niveaux post-Bac de l’apprentissage

L’apprentissage dès le collège ou le lycée, donc, mais pas uniquement. Si Jean-Pierre Therry reconnaît volontiers la nécessité de « faire un effort sur la promotion de l’apprentissage sur les niveaux de qualifications les plus bas », il ne souhaite cependant que les niveaux post-bac soient exclus de ce type de formation. « Un jeune qui commence un CAP en apprentissage peut parfaitement poursuivre sur un cycle Bac pro, puis BTS, toujours en alternance » précise-t-il. « Se concentrer sur les niveaux 4 et 5 uniquement rendrait difficile ce genre de parcours ». Une préoccupation d’autant plus cruciale aux yeux de la centrale chrétienne que le droit pour chacun d’évoluer d’un niveau de qualification au cours de sa vie professionnelle constitue l’une de ses revendications emblématiques en matière de formation professionnelle.

Illettrisme : la nécessaire implication de l’Éducation Nationale

Aux yeux du syndicaliste CFTC, cependant, une réforme de l’apprentissage devrait dépasser le carcan de la simple formation continue pour embrasser d’autres thématiques comme l’illettrisme, qu’il s’agisse de celui des adultes ou des 60 000 jeunes qui, chaque année, sortent du système scolaire sans maîtrise le socle de base des compétences. « Ni les partenaires sociaux, ni les entreprises ne sont responsables de ces jeunes » explique Jean-Pierre Therry. « Tirer le bilan d’une telle situation et y apporter des solutions ne pourra pas se faire sans que l’Éducation Nationale ne s’asseye autour de la table ». Signe d’espoir : « aujourd’hui, ce ministère et celui du Travail semblent disposés à entamer des démarches communes. Cela n’a pas toujours été le cas ». A ce titre, la proclamation de la lutte contre l’illettrisme comme « grande cause nationale 2013 » peut être, selon lui, l’occasion de sensibiliser davantage la population à cette thématique.

Le contrat d’apprentissage à l’issue des emplois d’avenir dans les collectivités territoriales

Mais au-delà des ministères, la CFTC demande également aux collectivités locales de prendre leurs responsabilités en termes d’apprentissage. « Dans la situation de crise actuelle, on peut estimer que les TPE et PME – premières employeuses d’apprentis – ne peuvent consentir d’efforts supplémentaires. Or, nombre de collectivités territoriales disposent également de compétences à transmettre et devenir elles-mêmes des employeuses d’apprentis ». Une thématique que Thierry Repentin avait précisément évoquée le mardi mars dernier. « S’il l’a évoqué, c’est qu’il a su écouter les partenaires sociaux » s’est félicité Jean-Pierre Therry pour qui des contrats d’apprentissage pourraient être proposés aux jeunes embauchés au titre des emplois d’avenir une fois leur contrat initial terminé.

Garantir le rôle des partenaires sociaux dans les CCREFP

Si, à l’instar d’autres représentants syndicaux et patronaux, lui aussi a tiqué à l’évocation des « 32 milliards » de la formation professionnelle, c’est surtout l’Acte III de la décentralisation qui inquiète Jean-Pierre Therry, notamment du fait d’un hypothétique recul des partenaires sociaux au sein des CCREFP (Comités de coordination régionaux de l’emploi et de la formation professionnelle) où ces derniers risquent d’être « écrasés » sous le pouvoir des conseils régionaux. « Les Régions seront obligées de faire appel aux partenaires sociaux – au travers des Opca, Fongecif, branches professionnelles, etc. - pour mettre en œuvre leurs politiques de formation », rappelle Jean-Pierre Therry, « mais pour cela, il est nécessaire d’augmenter le rôle des Copire (Commissions paritaires interprofessionnelles régionales pour l’emploi)... malheureusement, on n’entend plus parler de cette suggestion portée autrefois par le CPNFP ».

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 13 mars 2013./]

Mis en ligne le 13 mars 2013
Publicité

catalogue 2018-2019