Jean-Marie Luttringer décrypte « le fantasme des 32 milliards »

12 mars
2013

« Voici que François Hollande, après Nicolas Sarkozy et François Fillon, donne le « la » d’une réforme « courageuse » de la formation professionnelle en pointant l’usage douteux qui serait fait des 32 milliards de ressources dont ce domaine est doté », a vitupéré le consultant en droit de la formation Jean-Marie Luttringer, dans une analyse consacrée aux récentes annonces présidentielles, publiée sur son site lundi 11 mars.

« Une décennie de marronniers de journalistes, repris en boucle, auxquels s’ajoutent l’idéologie distillée par les clubs de pensée ultralibéraux favorables à la dérégulation du système de formation professionnelle, et l’approche technocratique de Bercy, auraient-ils eu raison du « social delorisme » que ce chiffre exprime, dont pouvait-on penser, le « social hollandisme » était l’héritier ? », s’interroge l’expert.

Pour Jean-Marie Luttringer, « considérer que les 32 milliards de la formation professionnelle constitueraient un ensemble homogène, comme le serait le budget d’un ministère en charge d’une fonction régalienne et que le ministre aurait la capacité (sur injonction de Bercy) de réduire, est une erreur de jugement manifeste qui repose sur une méconnaissance de la logique propre de notre système de formation professionnelle et de l’histoire dont il est issu. »

Simple agrégat statistique, l’expression « 32 milliards » ne tient pas compte de la diversité de ses composantes : taxe d’apprentissage, contribution assise sur la masse salariale des salariés du secteur privé, contribution assise sur la masse salariale des salariés du secteur public, cotisations comportant une part employeur et une part salariale assise sur la masse salariale du secteur privé pour financer pour partie la formation des demandeurs d’emploi (assurance-chômage), contribution des entreprises dues en application d’accords collectifs, contribution volontaire des entreprises en dehors de toute obligation, dépenses consenties également à titre volontaire par les ménages…

« Au plan juridique les régimes de ces ressources sont aussi divers que leurs qualifications. Quant à leur affectation, elles représentent pour plus de 50 % des dépenses de rémunération des personnes en formation », précise le consultant.

En guise de conclusion, Jean-Marie Luttringer estime que cette manière d’appréhender la problématique de la formation professionnelle « méconnaît la réalité et la diversité de l’activité de formation, mais également ses principes d’organisation, conduit à une impasse. »

David Garcia
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 12 mars 2013.

Mis en ligne le 12 mars 2013
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