« Les 32 milliards ne sont pas la cagnotte des partenaires sociaux » (François Hommeril, CFE-CGC)

12 mars
2013

C’est avec peu d’enthousiasme que la CFE-CGC a accueilli l’annonce d’une nouvelle réforme de la formation professionnelle. Un accueil d’autant plus froid que neuf mois à peine se sont écoulés depuis la fin de la conférence sociale de juin 2012 à l’issue de laquelle Thierry Repentin, qui prenait alors ses fonctions de ministre délégué à la Formation professionnelle, s’était engagé à n’ouvrir aucun nouveau chantier en ce sens. « A l’époque, le sujet principal consistait moins en l’opportunité d’une nouvelle réforme qu’en la nécessité d’évaluer qualitativement les effets des précédentes » se souvient François Hommeril, secrétaire national de la Confédération des cadres, dans un entretien accordé au Quotidien de la formation, lundi 11 mars. De fait ; c’est en « se posant quelques questions sur les méthodes gouvernementales » que celui qui s’est déclaré candidat à la succession de Bernard Van Craeynest avec le soutien de sa fédération (celle de la chimie) envisage de reprendre le chemin des concertations entre syndicats et patronat.

"Les 32 milliards ne sont pas la cagnotte des partenaires sociaux"

Mais plus que l’ouverture d’un nouveau chantier, c’est encore une fois l’évocation des « 32 milliards » que « se partageraient les partenaires sociaux » qui agace l’ancien ingénieur de Péchiney. « Les fonds gérés par le paritarisme représentent 5,5 milliards d’euros, au travers des Opca. Ceux provenant des entreprises, 6,5 milliards. Tout le reste correspond peu ou prou aux engagements de l’État, des régions, des administrations territoriales, de la fonction publique ou de Pôle emploi. Je trouve malhonnête d’aborder la question des fonds de la formation comme s’il s’agissait d’une cagnotte entre les mains des partenaires sociaux ». Car au-delà des « propos à l’emporte-pièce » concernant la réforme annoncée, c’est « la dégradation du discours politique et les assertions non démontrées » que fustige François Hommeril, déplorant l’influence des « lobbies intellectuels et des think-tanks aux idées recuites qui ne pensent qu’à la fusion des dispositifs sans tenir compte d’évaluer la qualité des prestations ». De fait, l’audit qualitatif, jadis réclamé par la CFE-CGC, visant à déterminer jauger la pertinence des achats groupés ou la qualification des organismes semble être passé à la trappe.

"La formation n’a pas qu’une vocation d’insertion, mais constitue également un outil-clé de la compétition économique"

Quant à la volonté présidentielle d’orienter la formation en priorité vers les demandeurs d’emploi, elle relève, là encore « du discours politique pour amuser la galerie », selon le secrétaire national de la confédération de l’encadrement. « La formation n’a pas qu’une vocation d’insertion, mais constitue également un outil-clé de la compétitivité économique » rappelle celui qui affrontera Carole Couvert (actuellement favorite à la tête de la CFE-CGC) lors du prochain congrès de Saint-Malo prévu en avril.

« Affecter les fonds de la formation uniquement à destination des chômeurs reviendra à pénaliser les besoins en nouvelles compétences des cadres, des techniciens et des agents de maîtrise ». Idem, selon lui, en ce qui concerne le souhait du gouvernement de prioriser l’apprentissage vers les plus bas niveaux de qualification. « Je reconnais volontiers que la collecte de la taxe est particulièrement nébuleuse et mériterait une réorganisation, et même si l’apprentissage demeure une question marginale dans ce sujet global qu’est la formation professionnelle, je me refuse à l’idée que les niveaux 1, 2 ou 3 ne puissent plus constituer des filières d’excellence accessibles par l’alternance, au risque de niveler ce dispositif par le bas ».

Mieux articuler les relations Etat-régions-partenaires sociaux dans le cadre de l’Acte III

Par ailleurs, la problématique de l’affectation prioritaire des fonds de la formation vers les niveaux de qualification les plus bas se posera dans le cadre d’une décentralisation accrue. « L’Acte III pourrait être l’occasion de concevoir des articulations plus souples entre État, régions et partenaires sociaux au niveau des territoires pour revitaliser les tissus économiques locaux » estime François Hommeril qui avertit : « si la régionalisation consiste à définir les budgets et l’identité de ceux qui contrôleront les dépenses, alors la CFE-CGC ne marchera pas ! » Une CFE-CGC dont le poids pourrait cependant se voir réduit prochainement en conséquence de la nouvelle représentativité syndicale. Pour l’heure, le candidat Hommeril préfère écarter ces réserves : « nous pèserons comme nous avons toujours pesé, avec la même responsabilité et le même professionnalisme. Et il se pourrait que l’avenir réserve bien des surprises ! »

Benjamin D’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 12 mars 2013.

Mis en ligne le 12 mars 2013
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