« Avec mon rapport, j’ai souhaité contribuer à une réforme de la formation » (Gérard Larcher)

20 avril
2012

Mission accomplie pour Gérard Larcher. L’ancien président du Sénat à qui Nicolas Sarkozy avait commandé un rapport portant sur une réforme de fond de la formation professionnelle le 18 janvier dernier à la suite du sommet social de l’Élysée aura donc rendu sa copie dans les temps impartis. Nombreux étaient alors ceux qui avouaient leur scepticisme quant à l’exercice. Toutefois, si ce rapport a suscité plusieurs critiques de la part des partenaires sociaux, d’experts du domaine de la formation ou de juristes, peu sont ceux qui l’ont rejeté en bloc. « Personne ne l’a fait, d’ailleurs » a reconnu Gérard Larcher dans un entretien exclusif accordé au Quotidien de la formation jeudi 19 avril.

Une petite victoire, donc, pour ce gaulliste social [1] qui se targue « d’avoir souhaité contribuer à une réforme de la formation, et non d’avoir rédigé un rapport de circonstance, juste pour faire plaisir ».

« Création du FPSPP, mise en œuvre du service public de l’orientation, réforme des Opca, priorité donnée à l’apprentissage et l’alternance... et tout cela en cinq ans de présidence Sarkozy, ce n’est pas mal, non ? » S’il peut paraître satisfait des mesures prises depuis 2007, Gérard Larcher ne considère pas pour autant la politique de formation professionnelle comme un pays de cocagne. « Par rapport aux besoins de nos concitoyens, on forme peu en France. Pire : on forme surtout des gens déjà formés » a-t-il indiqué. La formation ? « Un investissement majeur pour notre société à un moment où l’on parle de compétitivité de nos entreprises, de l’importance du coût du travail, de recherche et développement ou de qualité de nos produits et services ». Mais s’il s’est attelé à la rédaction d’un texte prônant une réforme en profondeur de la formation, c’est avant tout pour palier les imperfections d’un système dans lequel « la moyenne d’attente de formation pour un individu au chômage est de six mois » et avec l’ambition de doubler le nombre de demandeurs d’emploi formés ainsi que d’améliorer l’orientation des jeunes face au marché du travail.

L’État comme pilote des politiques d’emploi et de formation

La réforme de 2009 ? Le sénateur des Yvelines juge qu’il est « trop tôt » pour en juger, même s’il avoue comprendre la grogne des partenaires sociaux quant aux deux ponctions successives auxquelles l’État a soumis le FPSPP ces deux dernières années. « Il faut arrêter le pompage sans quoi le Fonds n’aura plus les moyens de ses missions » a-t-il affirmé, plaidant par ailleurs pour une régionalisation de ses actions. Un régionalisation tempérée, toutefois car – fibre gaulliste oblige – Gérard Larcher insiste sur la préséance de l’État en matière d’emploi et de formation professionnelle, préconisant notamment la création d’un Conseil national dédié à ces questions, comprenant un collège prospectif ainsi qu’un conseil de contrôle dont l’actuel CNFPTLV [2] pourrait constituer l’épine dorsale. « J’ai beaucoup de respect pour ces grands ténors régionaux de la formation que sont Jean-Paul Denanot ou Alain Rousset, mais je demeure persuadé que l’État doit demeurer garant de la cohésion sociale dans notre pays » a-t-il expliqué, ajoutant qu’ « idéalement, une politique efficace en matière de formation pourrait exister à partir d’un triptyque composé des services de l’État (incluant Pôle emploi), des Régions et des partenaires sociaux ». Et pas question, à ses yeux, de se réfugier derrière l’exemple allemand puisque « même dans ce pays fédéral, les décisions en matière d’emploi relèvent du Bund [3] ».

Du modèle allemand, Gérard Larcher conserve cependant la culture de l’apprentissage. Un sujet sur lequel l’ancien ministre des Relations au Travail du gouvernement Raffarin III avait déjà œuvré en 2004 aux côtés de Jean-Louis Borloo à l’occasion de l’accélération du plan de cohésion sociale ayant pour objectif de porter le nombre d’alternants à 500 000. Un travail qui s’était poursuivi ensuite, lorsque, sous le gouvernement Villepin, Gérard Larcher s’était vu confier le portefeuille de l’Emploi, du Travail et de l’Insertion des Jeunes. « Je suis bien évidemment heureux que l’apprentissage et l’alternance aient constitué deux grands chantiers du mandat de Nicolas Sarkozy et de François Fillon, mais attention aux effets pervers non désirés : en effet, on forme plus facilement les niveaux I et II au détriment des niveaux V qui en ont grandement besoin. Or, la taxe d’apprentissage a pour vocation d’être utilisée au bénéfice de la formation de tous et non uniquement des élèves des grandes écoles. La récente réforme des Opca avait d’ailleurs pour ambition de palier cette faille ».

Le rapport rendu embrasse une large partie du paysage des dispositifs de la formation professionnelle . Mais s’il ne devait rester qu’un seul élément de son texte, Gérard Larcher estime qu’il devrait s’agir de la simplification des règles administratives. « Il faut dé-rigidifier le champ de la formation professionnelle. C’est de cela que nos concitoyens ont besoin », a-t-il conclu.

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 20 avril 2012.

[1Un thème auquel il vient de consacrer un ouvrage : Le gaullisme. Une solution pour demain (Éditions Odile Jacob)

[2Conseil national de la formation professionnelle tout au long de la vie

[3État fédéral.

Mis en ligne le 20 avril 2012
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