Rapport Larcher : l’UPA redoute que le « compte individuel de formation » n’exclue le public qui en a le plus besoin

12 avril
2012

C’est donc « globalement déçue » que l’UPA a achevé sa lecture des propositions contenues dans le rapport Larcher, selon les termes de son secrétaire général, Pierre Burban. « Déçue » car l’Union professionnelle artisanale, lors de son audition par la mission conduite par l’ancien président du Sénat, avait alors « fait connaître son insatisfaction quant aux dispositifs issus de la réforme de 2009 ». En ligne de mire, notamment, l’absence d’une évaluation de l’action menée depuis deux ans par le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) créé, justement, par cette réforme.

Indispensable mutualisation

« À l’époque, l’UPA avait précisément soutenu la création de ce Fonds pour remédier au manque de formations dont pouvaient disposer les salariés des entreprises de moins de cinquante salariés », explique Pierre Burban, « et pour atteindre cet objectif, la mutualisation constituait un élément indispensable. Or, il est hallucinant de constater que la première proposition de la mission Larcher consiste à supprimer la contribution légale et conventionnelle des entreprises sur le plan de formation ! » D’autant que cette suppression entraînerait une impossibilité pour les branches professionnelles d’agir sur les politiques de formation des entreprises... « D’une part, je m’interroge sur la possibilité légale d’écarter ainsi les branches des politiques de formation, mais en outre, il s’agit probablement de la plus mauvaise voie à suivre si l’on veut favoriser la formation au sein des entreprises de moins de cinquante salariés » annonce le secrétaire général de l’UPA qui ajoute : « Autant je peux comprendre que les grands groupes puissent chercher à s’affranchir des contraintes liées à la mutualisation, autant cette suppression serait exactement contraire à l’ambition affichée de permettre aux collaborateurs des entreprises de petite taille d’accéder à la formation ».

L’artisanat peu favorable à l’individualisation de la formation

La suggestion, émise dans le rapport, de la création d’un « compte individuel de formation » ne trouve pas davantage grâce aux yeux des représentants de l’artisanat. « Plus on tend vers l’individualisation, moins on cible le public qui en a le plus besoin » explique Pierre Burban. En effet, à l’en croire, « ceux qui sortent du système éducatif peu qualifiés ont généralement peu d’appétence pour la formation continue... or, l’individualisation de l’accès à la formation ne constitue pas, pour eux, une incitation à se former ».

Quant à la mise en œuvre d’un « contrat formation emploi » liant un demandeur d’emploi et Pôle emploi afin de développer des formations spécifiques sur des métiers disponibles ou potentiels, l’UPA la juge « séduisante sur le papier » du fait des difficultés de recrutement que rencontre l’artisanat « où existent de nombreuses offres qui ne trouvent pas preneurs faute de demandeurs d’emploi formés à nos métiers ». Si Pierre Burban considère qu’une telle idée « va plutôt dans le bon sens », il se montre toutefois plus réservé à l’idée d’un « éparpillement des dispositifs qui s’accumulent et auxquels plus personne ne comprend rien ».

Remettre les partenaires sociaux autour de la table

La priorité ? « Remettre les partenaires sociaux autour de la table afin que ceux-ci discutent d’une simplification des dispositifs existants, y compris ceux utilisés par Pôle emploi » estime le secrétaire général de l’organisation patronale artisanale qui, in fine, avoue qu’il « attendait des propositions plus pertinentes au vu de la qualité des participants à la mission Larcher ». Demeure qu’aux yeux de Pierre Burban, l’identité du vainqueur de l’élection présidentielle ne jouera sur « la nécessité, pour les partenaires sociaux, de se réunir à nouveau pour définir les objectifs des politiques de formation professionnelle et les moyens pour les atteindre ».

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 12 avril 2012.

Mis en ligne le 12 avril 2012
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