Rapport Larcher : « Il n’est pas certain au fond qu’il soit d’une quelconque utilité », Michel Abhervé

11 avril
2012

Le rapport de Gérard Larcher rendu public le 6 avril dernier ne manque pas d’alimenter les réflexions des acteurs de la formation professionnelle. Sur son blog d’Alternatives économiques, Michel Abhervé a publié un billet qui souligne les « pertinences et les limites du rapport sur la formation professionnelle  », mais s’interroge sur la finalité et l’utilité d’un tel document.

Pour le professeur à l’université de Paris Est Marne-la-Vallée et fondateur de sa chaire ESS [1], « le rapport évite le plus gros piège, celui de la simplification outrancière (...) le réduisant au simple rôle d’argumentaire électoral ». Par ailleurs, le document « s’oppose formellement à la tentation d’un passage en force » en ce qu’il propose une adhésion de tous les partenaires.

Des propositions consensuelles fondées sur le respect de chacun

Michel Abhervé considère que globalement les propositions sont « consensuelles car fondées sur le respect de chacun des partenaires et de leur rôle respectif », le rapport proposant sur certaines sujets d’améliorer la coordination des différents acteurs. Il salue par conséquent la création d’un Comité national de l’emploi et de la formation professionnelle fédérant les différents comités et conseil actuels de consultation (proposition 18).

Supprimer l’obligation légale empêcheraient les Opca d’informer et de conseiller

Sur la suppression de l’obligation légale (proposition 1), il estime que « si cette mesure est adoptée, elle induirait un recul dans nombre d’entreprises à qui l’obligation légale et les Opca donnent des cadres de référence pour construire et conduire leur investissement ». Cette proposition ajoutée à celles d’abaisser à 250 salariés le seuil à partir duquel une négociation sur la GPEC [2] est obligatoire (proposition 2) et étendre cette négociation au plan de formation (proposition 3), ce qui contribuerait à « élever considérablement le seuil de la négociation obligatoire du plan de formation de 50 salariés aujourd’hui à 250 salariés », « ouvrent toutes les trois pour l’ensemble des entreprises de 10 à 250 salariés, un champ où la formation sera pour l’essentiel au bon vouloir du patron, sans encadrement, ni obligation de dialogue social formalisé ». Supprimer l’obligation légale, c’est aussi induire « une baisse importante des moyens des Opca, de la contribution au FPSPP ». « Les Opca se trouveraient placés dans l’impossibilité économique de faire face à leur rôle d’information et de conseil ». Pour Michel Abhervé, ces trois propositions « sont de l’affichage » plus qu’une « volonté libérale ».

Un rapport trop peu abouti pour servir de base à une refondation

Il salue la proposition « d’améliorer la situation actuelle des demandeurs d’emploi » à travers la mise en place d’un « contrat formation emploi » (proposition 15). Cependant, il relève les grands absents dans ce rapport sur ce sujet : la professionnalisation, les observatoires prospectifs, et les maisons de l’emploi, ces dernières ayant été pourtant consultées. Ce qui conduit le professeur à « s’interroger sur l’utilité réelle » des auditions réalisées par Gérard Larcher.

Le professeur se demande enfin quel est le caractère de ce rapport : s’agit-il d’un rapport d’orientation avant une réforme ? « Il appartiendra au prochain premier ministre de savoir ce qu’il fait de ce rapport »... mais en attendant « il n’est pas certain que ce rapport soit (...) d’une quelconque utilité car il est tout à la fois trop complexe et parfois trop nuancé pour fonder ce qui était probablement le premier objectif (...) du candidat Sarkozy » : « donner des arguments de campagne". Reste un rapport "trop peu abouti » pour « servir de base à une véritable refondation qui est pourtant nécessaire ».

Sandrine Guédon
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 11 avril 2012.

[1Économie sociale et solidaire

[2Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences

Mis en ligne le 11 avril 2012
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