Le référendum sur l’obligation de formation des chômeurs au cœur de la présidentielle ?

13 février
2012

« Est-il anormal de dire que lorsque quelqu’un est au chômage il doit suivre une formation pour alimenter les emplois non pourvus en France ? » C’est la question que pose Jean-Charles Taugourdeau, député (UMP, Maine-et-Loire), et par ailleurs l’un des auteurs de la loi du 28 juillet 2011 pour le développement de l’alternance et la sécurisation des parcours professionnels. Il intervenait à l’occasion d’une table ronde organisée par l’Ajis (Association des journalistes de l’information sociale), vendredi 10 février 2012, sur le thème suivant : « A-t-on vraiment tout fait pour lutter contre le chômage ? ».

Au cours de l’évènement, les participants ont notamment été interpellés par les journalistes présents au sujet de l’annonce du président de la République, qui dans une interview accordée au Figaro Magazine, parue le samedi 11 février, a fait part de son intention de recourir au référendum afin de consulter les français sur l’indemnisation du chômage et « la façon dont on doit considérer le travail et l’assistanat ».

Pour rappel, Nicolas Sarkozy a déclaré que « passé un délai de quelques mois, toute personne au chômage sans perspective sérieuse de reprise d’emploi devra choisir une formation qualifiante ». Une formation qu’il na pas hésité à qualifier « d’obligatoire » et dont le non-suivi pourrait être source de sanctions.

Jean-Charles Taugourdeau estime ainsi que les emplois non pourvus en France sont de l’ordre de « 500 000 à 600 000 ». De son côté, Jean-Jacques Jégou, maire du Plessis-Trévise (Val-de-Marne) (MoDem) et ancien Sénateur du Val-de-Marne affirme qu’il a « vu se dégrader la main-d’oeuvre sur les chantiers dans le bâtiment, ainsi que dans le second œuvre ».

Une idée « dangereuse d’un point de vue républicain »

Alain Vidalies, député (PS, landes) et responsable du pôle emploi-travail dans l’équipe de François Hollande juge de son côté la justification de Jean-Charles Taugourdeau « inquiétante ». « Si le débat avait lieu dans le cadre d’un débat paritaire, ou si, pourquoi pas, une loi était déposée, nous pourrions en discuter. […] Le référendum est un outil qui doit être utilisé avec prudence, en respectant la Constitution. Or, on peut tirer la Constitution dans tous les sens, je ne vois pas comment justifier la mise en œuvre de ce scrutin », dit-il. Il juge qu’il n’y a pas de justification possible a une mesure qui consisterait à «  exposer les chômeurs à la vindicte populaire ». « C’est dangereux d’un point de vue républicain », s’emporte-t-il.

Pour Jean-Philippe Magnen, vice-président (Europe écologie-Les Verts) du conseil régional des Pays de la Loire et conseiller emploi-formation d’Eva Joly , « le débat doit rester paritaire ». « Le problème avec cette démarche, c’est que dans le schéma proposé par Nicolas Sarkozy, un demandeur d’emploi auquel on proposerait une formation n’aurait plus le droit de refuser. C’est ça le vrai scandale ! » Il rappelle également que « l’État a vidé le FPSPP de 300 millions d’euros pendant deux années de suite, au détriment des Opca ». « Cet argent devait notamment permettre de prendre en charge le maintien dans l’emploi des salariés ! », soutient-t-il. « Si l’État a pris 300 millions d’euros au FPSPP, c’est parce qu’ils étaient là. L’argent de la formation est mal utilisé, et finance des stages parkings ou des formations qui ne se font pas », répond Jean-Jacques Jegou.

Une question d’adéquation entre l’offre et la demande ?

Jean-Philippe Magnen déplore que «  cela [fasse] 30 ans que l’on fait croire que le problème de l’emploi a trait à l’adéquation de l’offre et de la demande ». « Si l’on veut orienter des gens vers certains secteurs, il faut que ceux-ci soient attractifs ! » Selon lui, il est également nécessaire de prendre a bras le corps la question de l’orientation. « Il y a aujourd’hui un vrai enjeu de réindustrialisation de nos territoires par la transformation écologique », ajoute-t-il. Aussi, le représentant EELV souligne que son parti prône un « droit de tirage à la formation pour tous les citoyens, et un système qui permet d’orienter et d’accompagner ceux qui utilisent les dispositifs ».
 

Aurélie Gerlach
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 13 février 2012.

Mis en ligne le 13 février 2012
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