Réforme de la formation professionnelle : « Le tourbillon tient lieu de politique, sauf que le mouvement permanent c’est mieux en amour qu’en politique » (J-P Willems)

23 janvier
2012

« Enchaîner les réformes sans prendre le temps de les penser, sans les structurer, sur la base d’un diagnostic hâtif et sans maîtrise technique, c’est produire des effets de rupture qui conduisent à une dégradation de l’efficacité des systèmes, ce qui génère immédiatement un nouveau diagnostic hâtif disant que si cela ne marche pas c’est que l’on a pas réformé suffisamment. Et l’on remet les sangsues jusqu’à épuisement total du malade pour constater une fois mort, qu’il aurait fallu mettre toutes les sangsues d’un seul coup pour que cela fasse effet. On en est là. » Tel est le diagnostic posé par Jean-Pierre Willems sur les annonces de Nicolas Sarkozy lors du sommet social.

Dans un billet posté sur son blog au lendemain du sommet social, le juriste et spécialiste du droit de la formation professionnelle estime que le lancement d’une nouvelle réforme de la formation est un contresens.

« Il est demandé à Gérard Larcher de produire en deux mois des propositions en vue de la radicale, donc, réforme de la formation professionnelle. Que le Conseil Economique et Social vienne d’annoncer qu’il était urgent de cesser de réformer n’importe pas plus que le fait que l’entrée en vigueur de la réforme précédente n’ait pas encore vraiment eu lieu. Et l’on découvre que la formation continue se met à emprunter à la formation initiale ce qu’elle a de pire : des réformes qui succèdent aux réformes sans avoir le temps de produire aucun effet, ce qui justifie que l’on réforme à nouveau. Le tourbillon tient lieu de politique, sauf que le mouvement permanent c’est mieux en amour qu’en politique », analyse le juriste.

Jean-Pierre Willems relève également les « erreurs » du discours présidentiel. « Une réforme radicale de la formation professionnelle dont l’objectif est simple : que chaque chômeur ait une formation et qu’au bout de la formation chacun soit conduit à accepter l’offre d’emploi qui lui sera proposée » dixit le président.
« Remarquons quatre erreurs en une simple phrase, reprend jean-Pierre Willems  : s’il y a moins de formation des demandeurs d’emploi ce n’est pas par manque de réforme mais parce que l’Etat s’est désengagé de ce secteur, il est absurde de penser que tout demandeur d’emploi a besoin de formation, comme d’imaginer que dès lors qu’il y a eu une formation il y aura une offre d’emploi pour tout chômeur et pour finir nul ne peut être tenu d’accepter un emploi, la liberté de contracter restant tout de même la règle, sauf à rétablir le travail obligatoire ».

Marine Miller
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 23 janvier 2012.

Mis en ligne le 23 janvier 2012
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