Les instituts universitaires technologiques visent le marché du compte personnel de formation dès la rentrée 2016

23 juin
2015

Les instituts universitaires technologiques veulent leur part du gâteau dans le futur marché de la formation ouvert par la réforme et ne s’en cachent pas. En témoigne la cinquième édition du colloque national de la commission formation et alternance de l’ADIUT (Association des directeurs d’IUT) organisée à Metz du 10 au 12 juin 2015, qui voit les directeurs d’IUT plancher sur la conception d’une nouvelle offre de formation modularisée, adaptée au compte personnel de formation, ouverte aux salariés, aux demandeurs d’emploi et aux entreprises, qui devrait voir le jour à l’horizon 2016.

2016 sera aussi l’année où les IUT, créés en 1966, souffleront leurs cinquante bougies. L’occasion de penser à l’évolution des instituts universitaires de technologie dans un univers formatif en pleine évolution. « La formation tout au long de la vie doit représenter un enjeu pour les IUT du futur », observait justement Bernard Lickel, directeur de l’IUT Schuman de Strasbourg et président de l’ADIUT en ouverture des rencontres messines. La formation continue, pourtant, les IUT savent faire. Surtout depuis le début des années 2000 et la création des licences professionnelles, ces diplômes universitaires co-conçus avec les entreprises et les branches professionnelles, accessibles par le biais de l’alternance et de la formation continue. Aujourd’hui, d’ailleurs, 59 % des 30 000 licences pro préparées au sein des instituts universitaires de technologie le sont à ce titre. « Leur cycle d’études en un an se prête bien aux circuits des financements de la formation continue ainsi qu’à la durée des contrats d’apprentissage ou de professionnalisation », avance Moulay Driss Benchiboun, directeur l’IUT A de Lille et vice-président de l’ADIUT en charge de la formation continue et de l’alternance en guise d’explication.

« Ne pas développer la formation continue au détriment de la formation initiale »

En dépit du succès de ces diplômes alors qu’ils n’ont qu’une petite quinzaine d’années d’existence au compteur, le développement des licences professionnelles patine. La faute, selon le président de l’ADIUT, au déficit d’encadrement que connaissent certains IUT où le sous-effectif en termes d’enseignants et de vacataires (des professionnels issus de l’entreprise qui viennent donner des cours aux étudiants) est patent dans certaines sections et dans certains établissements où le taux de sous-effectif peut parfois atteindre les 40 % comme à Orléans.

Dans ces conditions, difficile d’imaginer affecter davantage de personnel et de ressources pédagogiques sur la formation continue alors que le gros de l’activité des IUT reste encore la formation initiale post-bac et que la majorité des effectifs étudiants accueillis (près de 115 000 au sein des 113 IUT que compte le territoire) s’inscrivent dans un cursus qui a pour finalité le DUT. « Il ne faudrait pas que le développement de la formation continue se fasse au détriment de la formation initiale classique », fait observer Patrick Klein, directeur de l’IUT de Thionville.

L’Association, qui sera auditée dans quelques semaines par la mission Germinet sur l’apprentissage tout au long de la vie, entend bien profiter de l’occasion pour porter cette problématique d’insuffisance de moyens humains et financiers auprès des pouvoirs publics.

Substituer la logique des blocs de compétences à celle des diplômes pour les rendre accessibles au CPF

Afin de se positionner sur le nouveau marché ouvert par la loi Sapin, le réseau des IUT, qui réfléchit depuis deux ans au développement d’une offre de formation continue accessible aux salariés et demandeurs d’emploi, a écarté d’emblée l’idée d’un saucissonnage des diplômes en tranches de 150 heures CPF. Déraisonnable pour espérer toucher le marché des entreprises et des demandeurs d’emploi. « Demander à un chômeur, qui a peut-être une famille, de se rendre disponible pour revenir suivre un cursus de deux ans, c’est impossible. Quant à espérer qu’une entreprise abonde un compte de formation à hauteur des 1 800 heures que représente un DUT, c’est utopique », reconnaît Moulay Driss Benchiboun.

D’où l’idée, développée initialement dans son propre établissement lillois à partir de 2013, de mettre de côté la logique scolaire des cursus pour s’orienter vers l’identification de blocs de compétences propres à chaque DUT au sein des instituts universitaires de technologie, les scinder en parcours de formation d’une cinquantaine d’heures chacun et, ainsi, les rendre accessibles à des stagiaires de la formation continue au titre du CPF.

« Il ne s’agit pas de tronçonner les diplômes, mais de permettre à un demandeur d’emploi ou au salarié d’une entreprise de construire son parcours bloc après bloc en mobilisant son compte formation, puis de cimenter ces blocs par la validation des acquis de l’expérience (VAE) pour lui permettre d’acquérir le diplôme visé en quatre, cinq ou six ans », explique le directeur de l’IUT A de Lille dont l’établissement expérimente d’ores et déjà le processus depuis le début 2015.

Problème, cependant : si un tel travail est possible pour les vingt-quatre DUT qui existent au niveau national et dont l’enseignement est identique d’un établissement à l’autre, ce n’est pas le cas pour les licences professionnelles, souvent développées régionalement, en fonction des besoins des branches professionnelles et des territoires. « Il va falloir réfléchir aux moyens à mutualiser pour apporter des réponses communes à cette problématique », reconnaît Moulay Driss Benchiboun.

Développer une offre de formation « qualifiante, nationale et capitalisable » d’ici à la rentrée 2016, c’est donc le défi que souhaite relever le réseau des IUT qui entend « croquer sa part » dans le nouveau marché de la formation continue. Un enjeu de taille à l’heure où l’Université, dans son ensemble, ne pèse encore que 2% de ce business.

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 12 juin 2015.

Mis en ligne le 23 juin 2015
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