Attendre 2016 pour mesurer l’impact de la réforme (Jean-Pierre Willems, consultant)

29 mai
2015

Cinq mois après la mise en place de la réforme, où en sont les entreprises ? Comment s’adaptent-elles à la nouvelle donne née de la loi du 5 mars 2014 ? Mercredi 20 mai, l’organisme de formation Demos organisait un webinar à ce sujet, animé par le consultant Jean-Pierre Willems.

Parmi les nouveaux dispositifs nés de la réforme, il en est un sur lequel les employeurs semblent avoir particulièrement avancé : l’entretien professionnel, ce rendez-vous prévu tous les deux ans destiné à faire le point sur les ambitions de carrière des salariés, que les entreprises semblent avoir choisi de faire passer par l’échelon managérial plutôt que par les ressources humaines en le couplant avec l’entretien managérial classique qui se déroule chaque année. « Le choix majoritaire des entreprises est de traiter cet entretien quantitativement en scindant en deux l’entretien managérial. Une partie concentrée sur le présent ; l’autre, consacrée à l’entretien professionnel, qui porte sur le futur du salarié ». Autre avantage de cette stratégie : permettre aux entreprises qui n’auraient pas l’infrastructure d’organiser une série d’entretiens tous les deux ans – et se plaçant ainsi en délicatesse avec la loi – de disposer ainsi d’une sécurité.

Pourtant, d’autres entreprises, moins nombreuses, ont fait ce choix : celui de confier le soin aux RH de procéder à cet entretien tous les deux ans en le séparant de l’entretien managérial annuel. Un choix qui, selon Jean-Pierre Willems, présente l’avantage de disposer d’un « sondage permanent » sur les volontés de progression de carrière et d’évolution des compétences des salariés – ainsi que sur les plans d’action à déployer pour y répondre – mais nécessitent un service RH doté d’une importante force de frappe en matière de mobilisation pour les organiser.

En revanche, sur le compte personnel de formation, l’attitude des entreprises est davantage attentiste. « Le CPF semble grippé » note Jean-Pierre Willems qui identifie quatre verrous à son développement : la nécessité de le mobiliser pour des formations certifiantes, une prise en charge par les Opca qui apparaît encore insuffisante, le manque de lien entre le système d’information de la Caisse des dépôts (www.moncompteformation.gouv.fr) et ceux des organismes financeurs et enfin, l’inachèvement des listes des certifications éligibles au CPF. Un dernier point qui devrait se clarifier d’ici le 26 mai lorsque le Copanef se prononcera sur l’inscription, ou non, sur l’inscription des certifications portées sur l’inventaire de la CNCP à la liste nationale interprofessionnelle (LNI).

Pour l’heure, parmi les certifications tirées de l’inventaire, quelques-unes concernant les compétences linguistiques (TOEIC, Bulats, Bright Test) ou numériques (TOSA, PCIE) ont été inscrites à la liste. Quant aux Opca, si certains parmi eux attendent la collecte 2016 pour lancer leurs dispositifs de financement du CPF, d’autres se sont déjà engagés dessus : c’est le cas, notamment, d’Uniformation (141 dossiers en cours de traitement), d’Opcalia (97), de l’Afdas (92), d’Opca Défi (69), de l’Opca Transport (58) ou d’Actalians (48). « Le problème, c’est que les Opca, à l’exception de ceux qui sont aussi Opacif, ont pour mission de traiter avec les entreprises, pas avec les salariés. Pour débloquer la situation, il est nécessaire qu’ils mettent en place un service aux personnes », explique le consultant, qui prévoit un vrai décollage pour le CPF d’ici à la rentrée 2016, suivi d’une montée en charge durant l’année à venir.

Septembre 2016, c’est d’ailleurs l’échéance à laquelle la campagne d’information gouvernementale destinée au grand public – initialement prévue pour ce printemps – devrait se mettre en place. « 2015 est l’année de transition », résume Jean-Pierre Willems, « c’est en découvrant le plan de formation 2016 que nous serons en mesure d’analyser l’impact de la réforme ».

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 21 mai 2015.

Mis en ligne le 29 mai 2015
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