Socle de compétences : de nouvelles inquiétudes pour les organismes de formation

4 mai
2015

À quoi correspond le socle de connaissances et compétences professionnelles que le décret du 13 février 2015 a sanctuarisé comme « ensemble des connaissances et des compétences qu’il est utile pour un individu de maîtriser afin de favoriser son accès à la formation professionnelle et son insertion professionnelle » ?

Quel en est le référentiel ? Comment va-t-il s’articuler avec les autres référentiels auxquels les organismes se sont habitués (compétences clés, illettrisme, etc.?). Défi métiers, le Carif-Oref francilien proposait une matinée autour de ces questions, jeudi 16 avril, de nature à susciter de nouvelles inquiétudes notamment parmi les organismes de formation (OF).

En effet, si le socle de compétences a été présenté dans le décret n° 2015-172, il a été immédiatement complété par le référentiel relatif, arrêté par le Copanef [1], avec le référentiel de certification. Valérie Languet, du Centre académique de formation continue (Cafoc) de Paris note des différences notables entre le texte du décret et le préambule du référentiel, y compris dans la définition même du socle. Le référentiel l’associe à une activité professionnelle ou à un secteur puisqu’il le désigne « comme étant l’ensemble des connaissances et compétences qu’un individu, quel que soit son métier ou son secteur professionnel, doit maîtriser totalement, afin de favoriser son employabilité et son accès à la formation professionnelle ». La « maîtrise totale » implique une injonction absente du décret qui aura, estime-t-elle, un impact pour les prestataires quant aux choix pédagogiques. La structure même du référentiel – 7 domaines, 28 sous-domaines, 131 critères d’évaluation – et l’absence de curseur pour obtenir la certification (outre acquis/non acquis) risque de « poser des problèmes ». Enfin, soulève-t-elle, la pluralité des modes de financement (avec le Plan de formation, le compte personnel de formation, le Cif ou des financements régionaux) risque de créer « un vrai casse-tête, avec des montages financiers complexes ».

Pas de quoi rassurer les OF présents dans la salle, assez malmenés par la mise en place de la réforme et qui subissent un attentisme des entreprises et des Opca. L’un témoigne de sa crainte : « Ce dispositif nous met en danger. Il n’y a plus assez de financement, comment continuer à faire notre métier ? Comment des personnes en situation d’illettrisme vont-elles être accompagnées ? Comment faire certifier les parcours ?  » Gilles Bensaid, mandaté par la CFDT au Comité Observatoires et Certifications (COC), dit « entendre (les) inquiétudes ». Il tente de rassurer en répétant que les formations relatives au socle peuvent être financés via le CPF, y compris sur le temps de travail et sans l’accord de l’employeur, la période de professionnalisation, des financements régionaux pour les demandeurs d’emploi et qu’il faut trouver une ligne d’équilibre entre les attentes de la loi et le marché… La procédure d’habilitation des OF, encore sur les rails, inquiète les "petits", qui craignent ne pas avoir les ressources pour monter les dossiers, ou devoir s’adosser à des "gros", pour continuer à exister. Gilles Bensaid admet que des discussions sont toujours en cours et qu’un cahier des charges en cours de rédaction sera adressé aux Coparef et au CPNE (Commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelle), afin de clarifier plusieurs questions. Ainsi, de l’habilitation des organismes évaluateurs et des organismes de formation qui devraient, de toute évidence, être distincts. Plus bloquante, de l’aveu de Gilles Bensaid, la question de savoir si un organisme doit se positionner sur tout ou partie du socle, au risque de créer un parcours du combattant pour les bénéficiaires (qui devront s’adresser à autant d’organismes que de modules à compléter) ou de pénaliser les OF spécialisés et pointus sur un sujet… Bref, de nombreuses questions restent sans réponse et une certaine impatience se manifeste dans l’audience : quid des passerelles entre les différents référentiels ? comment se former à l’ingénierie financière ? quelle reconnaissance peuvent en attendre les salariés ? Pour y répondre, Défi métiers propose un rendez-vous, dans un an.

Christelle Destombes
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 17 avril 2015.

[1Comité paritaire interprofessionnel pour l’emploi et la formation

Mis en ligne le 4 mai 2015
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