Compte personnel de formation : les entreprises entre attentisme et opportunités (Etude Comundi)

4 mai
2015

Face à un démarrage du compte personnel de formation (CPF) en demi-teinte (1,1 million de comptes créés, près de 150 dossiers en cours de financement depuis son lancement en janvier dernier), les entreprises demeurent dubitatives. Tels sont les résultats d’une étude menée par l’organisme de formation Comundi auprès de 250 entreprises et dont les « bons chiffres » ont été dévoilés en avant-première à l’occasion du 29e congrès HR, le 9 avril 2015. « Le CPF est encore mal compris » explique Claire Pascal, directrice générale de Comundi, « d’une manière générale, il est perçu comme complexe par les chefs d’entreprises, les DRH et les directions de la formation. Les entreprises se retrouvent coincées entre des salariés qui les pressent de questions sur ce nouveaux droits et des Opca qui n’apportent aucune réponse ». Bref, pour l’heure, c’est l’attentisme qui semble dominer.

40 % des entreprises à la recherche de nouveaux financements pour leur politique formation

Interrogées sur la réforme, les entreprises sont 43 % à penser qu’elle se traduira par une diminution de leurs budgets de formation. 40 % jugent qu’elles seront amenées à partir à la recherche de nouveaux financements, 15 % qu’elles devront renforcer leurs systèmes d’information des ressources humaines (SIRH) et 5 % imaginent déjà une externalisation de la formation pour faire face à la nouvelle donne. Et à la question « la réforme va-t-elle modifier les relations entre les salariés et leurs entreprises ? », ces dernières sont 26 % à ne pas se prononcer, contre 24 % qui pensent qu’elle renforcera l’autonomie de leurs collaborateurs.

L’entretien professionnel, première préoccupation

En l’absence d’une visibilité nette sur l’horizon du CPF, c’est la mise en œuvre des entretiens professionnels qui semble occuper les esprits. En effet, il ne reste que 11 mois aux entreprises pour avoir réalisé la première série d’entretiens prévue par la loi du 5 mars 2014. « C’est une préoccupation qui pèse surtout sur les PME et les ETI » précise cependant Alain-Frédéric Fernandez, expert en gestion de la formation, « les grands groupes, eux, ont déjà intégré ce type d’entretiens dans leurs process RH ». Quant aux obligations en matière de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) que la réforme induit sur le plan de formation des entreprises, elles se traduisent, là encore, par des haussements d’épaules et de l’incompréhension. 25 % des entreprises interrogées considèrent ainsi que la réforme n’entraînera pas de changement dans leur politique de GPEC, 24 % n’ont pas encore étudié la question. 23 % en revanche pensent entamer une cartographie de leurs métiers et 7 % évoquent des démarches prévisionnelles en matière de compétences à l’occasion des entretiens professionnels.

L’urgence, malgré tout, de développer une "politique CPF"

Le compte personnel de formation démarre mal ? Raison de plus pour les entreprises de mettre rapidement en place une politique CPF, juge l’expert. Paradoxe ? Pas vraiment. Contrairement au Dif qui n’était que peu financé, les Opca ont d’ores et déjà débloqué 250 millions d’euros au titre du compte pour 2015. Et selon la logique du premier arrivé, premier servi, les entreprises qui auront les premières conclu des négociations collectives relatives au CPF pour l’articuler avec leur plan de formation et leur politique de professionnalisation seront les premières à pouvoir bénéficier de ces fonds. D’où l’importance, pour les années à venir de verser leur contribution CPF à l’Opca (pour pouvoir bénéficier de la mutualisation) et de mettre en place un plan de communication avec lui. « Sans compter que si, pour l’instant, les listes des certifications éligibles restent essentiellement académiques, ceux qui veulent faire du CPF un outil pour leur entreprise attendent beaucoup de la publication du socle de compétences. Ça va ouvrir les vannes » précise Claire Pascal. Une prime aux plus rapides ?

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 14 avril 2015.

Mis en ligne le 4 mai 2015
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