L’évaluation du socle de compétences pose question

21 avril
2015

Comment garantir une évaluation dans le cadre du socle de compétences qui soit homogène pour tous et reflète vraiment les connaissances des candidats ? C’est l’une des questions abordées à l’occasion de la journée d’information sur la mise en place du socle de connaissances et compétences professionnelles dans le cadre du CPF (Compte personnel de formation), organisée à Paris le 10 avril par l’Urof (Fédération nationale des unions régionales des organismes de formation.)

« La question du niveau est très importante. Nous aurions pu imaginer que les partenaires sociaux reprennent la maîtrise d’une langue étrangère ou la capacité à gérer un projet, mais ils se sont focalisés sur la première marche de compétences. C’est important, car les députés n’avaient que le terme illettrisme à la bouche. Le dispositif compétences clés géré par l’État jusque-là ne bénéficiait pas aux personnes illettrées, mais à celles qui ont besoin de remise à niveau. Nous espérons que l’articulation du socle avec le CPF permettra que chaque public bénéficie du dispositif créé pour lui », explique Hervé Fernandez, le directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI)

Une certification difficile à obtenir

Par ailleurs, avec 117 critères d’évaluation, le socle a été élaboré pour couvrir l’ensemble des compétences nécessaires à l’intégration professionnelle, dans le champ du savoir-faire, mais aussi du savoir-être, ce qui peut compliquer son acquisition. « Le socle de compétences est ambitieux et complet, celui qui l’obtiendra pourra être fier mais il s’agit vraiment des fondamentaux nécessaires » ,explique Xavier Royer, co-animateur du comité Observatoires et certifications auprès de la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP). « Nous n’avons pas souhaité prévoir d’équivalence avec des diplômes car les gens désapprennent. Si par exemple il y avait la possibilité de valider automatiquement avec un CAP les compétences en culture générale, nous n’aurions pas la certitude que les certifiés aient ces connaissances à jour. »

« Il fallait trouver le bon niveau pour que le socle ait une véritable reconnaissance, ce qui suppose d’être un minimum exigeant. Les personnes auront cinq ans pour faire certifier le socle. Si nous avions prévu des possibilités de validation par famille de compétences, la tentation serait grande pour les personnes comme les entreprises de ne prendre que les domaines qui les intéressent, c’est pourquoi nous avons voulu que tout son contenu soit validé pour l’obtenir. Les personnes doivent pouvoir donner un sens au dispositif », explique Laurence Martin, la conseillère technique pour la formation professionnelle de Force ouvrière.

Que doit on évaluer ?

Néanmoins, évaluer précisément et de manière homogène des compétences peut être complexe, car la perception de ces dernières diffère d’un évaluateur à l’autre, mais également en fonction des cultures des organismes les embauchant. "Nous pouvons avoir des critères qui portent à confusion. Par exemple dans le sous-domaine "écouter et comprendre", on a comme critère "écouter le propos et le reformuler correctement." Concrètement, il s’agit donc d’évaluer autre chose que l’attention aux propos tenus", explique Jacques Bretaudeau, du Cafoc Pays de la Loire.

Par ailleurs, l’évaluation induit de déterminer ce que l’on doit évaluer. "S’agit-il des sept domaines, ou des 28 sous domaines ou 117 items du socle ? En termes d’évaluation, on n’est pas dans la même mécanique", explique Jacques Bretodeau du Cafoc de Nantes. "Je ne vois pas comment un organisme de formation peut mettre en œuvre une évaluation sur les 117 critères, d’autant qu’il y a des redondances entre les colonnes résultats et critères dans la méthodologie d’évaluation", poursuit-il. "Il y a souvent effectivement des redondances entre les colonnes résultats et critères, nous avons laissé les deux colonnes, pour plusieurs raisons dont le manque de temps. Sinon nous n’aurions prévu qu’une seule colonne ", explique Xavier Royer. "C’est la première fois que les partenaires sociaux mettent en œuvre une certification interprofessionnelle, ce qui explique que ce ne soit pas encore parfait", poursuit-il.

Cédric Morin
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 13 avril 2015.

Mis en ligne le 21 avril 2015
Publicité

catalogue 2018-2019