Le consultant Jean-Pierre Willems formule des propositions pour remédier aux difficultés du compte personnel de formation

17 avril
2015

Dans une récente chronique sur son blog, le consultant Jean-Pierre Willems estime que le chiffre d’« un million de comptes activés » sur www.moncompteformation.gouv.fr est « l’arbre de la communication » qui « ne peut cacher la forêt, ou plutôt le désert dans lequel s’est enlisé le compte personnel de formation ». Les quelque 150 dossiers financés en trois mois représentent « un bilan qui dénote un blocage quasi-intégral du dispositif nous conduisant à passer brutalement de 60 000 entrées par mois en formation (dans le cadre du DIF) à quasiment zéro ». Le juriste explique, ce qu’il considère comme un enlisement du CPF par trois « incohérences de conception ».

Le fait d’avoir conditionné l’usage du compte à l’obtention d’une certification, « sans considération de la réalité et d’un état des lieux en la matière », a rendu illusoire l’objectif d’un système opérationnel au 1er janvier 2015. S’y ajoute, selon lui, le fait que le texte législatif lui-même crée « une ambiguïté », dans la mesure où il parle de « listes de formations qui sont en fait des listes de certifications ». Celle-ci se traduit par le fait que « certains Opca indiquent aux entreprises qu’elles ne financeront que la formation et pas la certification, alors que d’autres affirment ne pouvoir financer que la certification et pas la formation ».

Jean-Pierre Willems reproche également aux acteurs de la mise en œuvre du CPF d’avoir privilégié la logique de l’outil informatique et de l’exhaustivité au détriment de celle du projet. « La recherche de l’exhaustivité, associée à un calendrier court, conduit à négliger les questions pourtant essentielles de l’opérationnalité », critique-t-il. Conséquence : formations accessibles uniquement par requête (défaut majeur du Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ; informations éloignées de la logique d’utilisateur (oscillant entre informations institutionnelles et informations promotionnelles) ; « approche formelle et descendante » qui fait raisonner plus sur « le principe du rattachement des listes à un secteur », au lieu de celui sur « le droit du bénéficiaire à pouvoir accéder de manière fiable à son droit et à son financeur ». Bref, l’expert déplore que « l’ambition de raisonner sur une architecture globale, à laquelle conduit l’approche outil », ait pour conséquence le choix de « se concentrer sur des questions secondaires au regard de la fonctionnalité immédiate » et de « privilégier la vision descendante » au détriment de « la construction progressive de solutions à partir de besoins remontants ».

La troisième raison de l’enlisement du CPF est liée au fait que « la question de [son] opérationnalité n’[ait] pas été traitée ». Elle serait caractérisée par deux « vices de conception » :

  • le fait que les Opca (qui ne sont pas les interlocuteurs des salariés) soient chargés du financement d’un droit individuel au lieu de se consacrer exclusivement à leurs missions premières tournées vers les entreprises ;
  • la totale « déconnexion entre le dispositif de gestion des droits et le système de financement », rendant de fait inefficace l’opérationnalité du dispositif.

« Le CPF ne s’est pas du tout enlisé », a rétorqué, mercredi 8 avril, au Quotidien de la formation, Christan Janin, président du Comité paritaire national de l’emploi et de la formation (Copanef). « C’est un outil nouveau dont la mise en place est compliquée. Nous savions que cela prendrait du temps. Nous sommes à moins de trois mois de l’ouverture d’un site où il y a encore beaucoup de choses à perfectionner. Nous y travaillons avec tous les acteurs. »

Cinq préconisations opérationnelles

Quant à Jean-Pierre Willems, il fait, à partir des obstacles recensés, cinq préconisations opérationnelles susceptibles d’« avoir des effets positifs immédiats » dans l’intérêt des bénéficiaires. À condition « qu’il y ait une volonté partagée ! » :

  • « rendre possible et explicite la modularisation des certifications RNCP » pour permettre aux bénéficiaires de suivre des modules de certification dont la durée minimale sera de « soixante-dix heures pour que le bloc de compétences ait une consistance suffisante » ;
  • « inscrire rapidement à l’inventaire de la liste nationale interprofessionnelle (LNI) les certifications les plus usitées  », comme c’est le cas pour les certifications en langues ;
  • « faire un lien entre le système de gestion des droits et le financement », en explicitant clairement sur le portail CPF le système de financement, en établissant un lien entre le bénéficiaire et l’Opca financeur, et en se plaçant dans une logique de démarche opérationnelle ;
  • « rappeler quelques principes de gestion que les Opca respectent », afin que « chacun n’impose pas sa propre lecture du dispositif à des individus titulaires d’un même droit », et que soient développés des « services directs aux individus  ».
  • en cette période chahutée pour eux, « permettre aux Opca d’accompagner le développement du dispositif ».

« Le Copanef examine toutes les propositions, quels qu’en soient leurs auteurs. Nous sommes conscients que le CPF soulève de nombreuses difficultés et pose de nouvelles interrogations. Selon nous, il faudra trois ans pour que tout soit parfait. Donc nous sommes ouverts à toutes les préconisations pour améliorer le système. Les partenaires sociaux débattent pour trouver des éléments à améliorer », a ajouté Christian Janin. Lequel a annoncé l’adoption « mardi prochain  » d’une position commune, notamment sur « la définition de la segmentation des parcours de certification ».

Knock Billy
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 10 avril 2015.

Mis en ligne le 17 avril 2015
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