L’économie sociale s’inquiète de la baisse des financements pour la formation des emplois d’avenir

7 avril
2015

L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) s’inquiète du financement du volet formation des emplois d’avenir, alors que 50 000 nouveaux contrats sont annoncés dans le cadre de la loi de finances 2015.

L’Udes évoque la diminution de moitié de la participation du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) : en 2015, 10 millions d’euros devraient être consacrés à la formation des jeunes en emploi d’avenir, contre 20 millions d’euros en 2014. Or, former revient cher : Unifaf et Uniformation, les deux Opca de l’économie sociale et solidaire, ont déjà consacré des moyens conséquents en 2014 au dispositif. Selon leurs calculs, fin février, on recensait 14 000 jeunes dans le dispositif, à raison de 5 500 euros nécessaires pour leur accompagnement, 80 millions d’euros seraient donc nécessaires pour assurer le financement de la formation des contrats d’avenir en 2015.

Pérenniser les moyens

La réussite du dispositif emplois d’avenir repose en grande partie sur la formation des jeunes. Leur insertion durable sur le marché du travail passe par l’acquisition des compétences de base nécessaires à l’exercice de leur métier. Si le gouvernement souhaite véritablement utiliser les emplois d’avenir comme une arme efficace contre le chômage des jeunes sur le long terme, il est indispensable de pérenniser les moyens alloués à leur formation”, souligne Alain Cordesse, président de l’Udes.

Le secteur s’était mobilisé en faveur du dispositif, rappelle Sébastien Darrigrand, délégué général de l’Udes, qui a répondu à nos questions. Nous avons signé une convention en 2012 avec Thierry Repentin, alors ministre délégué chargé de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage, et Benoît Hamon, qui était ministre délégué chargé de l’Économie sociale et solidaire, afin de former ces jeunes. Nous avons fait un effort conséquent et embauché 60 000 jeunes en emploi d’avenir alors que le secteur a de forts besoins de qualifications.” Le risque est de dévoyer le dispositif, selon lui, en n’offrant pas de qualification suffisante aux jeunes.

Des mesures envisagées pour restreindre l’accès aux formations en 2015

Franco Stivala, président d’Unifaf, détaille les efforts consentis par son Opca : “Nous avons contribué pour plus de 30 millions d’euros à la formation de la moitié des effectifs embauchés en contrat d’avenir en 2014, souvent pour des formations diplômantes assez longues, d’aide-soignant ou d’aide médico-psychologique. Et le rythme ne faiblit pas : 500 jeunes sont embauchés chaque mois.”.

Devant la montée en charge du dispositif, et dans l’incertitude alors d’un financement du FPSPP, Unifaf avait été amené, fin 2014, à restreindre les conditions d’accès à la formation. “Nous avions envisagé de différer l’entrée en formation, ou exiger qu’à partir de 2015, seuls les jeunes embauchés en CDI voient leur formation prise en charge”, indique-t-il. Toutefois, il précise que les 8 000 jeunes, embauchés avant le 1er janvier 2015 qui ne sont pas encore entrés en formation [1], ne seront pas, de toutes les façons, impactés par ces restrictions.

Les conditions ne sont pas réunies pour former les jeunes, conclut Sébastien Darrigrand. Le risque est réel qu’au bout de trois ans, ils sortent d’une association avec une formation a minima. C’est une menace de précarisation de l’emploi alors que le dispositif devait leur permettre d’acquérir des compétences et d’être mobiles dans nos secteurs.

L’Udes a rencontré François Rebsamen, ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, qui s’est dit conscient des problèmes. “Il a sensibilisé le Fonds paritaire sur le sujet, souligne Sébastien Darrigrand, mais nous n’avons pas de réponse précise.” Du côté d’Unifaf, “nous sommes à l’écoute de solutions pour sécuriser les financements”, conclut Franco Stivala.

Christelle Destombes
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 27 mars 2015.

[1Les emplois d’avenir sont des contrats de un à trois ans qui comprennent un volet formation, mais celle-ci intervient à tout moment au cours du contrat.

Mis en ligne le 7 avril 2015
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