Métallurgie : « le compte personnel de formation peut fonctionner à condition qu’il soit couplé à d’autres dispositifs comme la période de professionnalisation ou le plan de formation » (Jean-François Foucard, Opcaim)

19 mars
2015

En 2015, Opcaim, l’organisme collecteur de la métallurgie, ne s’attend pas à un nombre substantiel de dossiers de formation déposés au titre du compte personnel de formation. Fort l’an passé, d’une collecte de près de 600 millions d’euros, l’Opca prévoit que les fonds dévolus au CPF s’élèveront à 120 millions, au titre du "0,2% CPF" consécutif à la réforme.

Pourtant, à en croire Jean-François Foucard, administrateur et membre du bureau d’Opcaim, au titre de la CFE-CGC, c’est davantage l’instauration des entretiens professionnels obligatoires dans les entreprises de la métallurgie qui occupe en ce moment l’esprit des DRH. Bien davantage que la mise en place du CPF. « Les services RH doivent avoir réalisé une première batterie d’entretiens d’ici au mois de mars 2016. Et ils ont bien compris que si ces entretiens n’étaient pas menés, la sanction tombera en 2021 et se traduira par une amende de 3 000 euros par salarié qui n’en aura pas bénéficié ».

« Les certifications éligibles au compte doivent représenter une valeur ajoutée pour le salarié »

À côté de cela, la mise en place du CPF paraît moins anxiogène, d’autant que la limitation du crédit horaire à 150 heures correspond peu à l’éventail des formations proposé dans le secteur de la métallurgie. « Le CPF peut fonctionner à condition qu’il soit couplé à d’autres dispositifs comme la période de professionnalisation ou le plan de formation » prévient le syndicaliste. Des dispositifs qui permettront de dégager d’autres sources de financement destinées à compléter le compte. La métallurgie n’est d’ailleurs pas pressée pour compléter sa liste de branche à transmettre au Conseil paritaire national de l’emploi et de la formation professionnelle (Copanef) même si la branche prévoit de devoir mettre un coup d’accélérateur d’ici à l’horizon 2017. « Dans notre esprit, les certifications éligibles au CPF doivent représenter une valeur ajoutée forte pour le salarié. Or, certains certificats de qualification professionnelle de la métallurgie n’en présentent pas suffisamment. Des certifications découpées en unités spécialisées ou des remises à niveau techniques constitueraient des choix plus pertinents » précise Jean-François Foucard, « par ailleurs, nous observons trop de remontées pour des diplômes d’ingénieurs représentant 3 600 heures de formation. C’est inaccessible à moins de vouloir transformer le CPF en recherche permanente de fonds ». Pas de quoi, à ses yeux, soulever l’enthousiasme des salariés des entreprises de la métallurgie, même s’il reconnaît qu’au vu des fonds disponibles, les premiers à présenter des dossiers de demandes – la métallurgie n’en compte pour l’heure aucun – pourront tirer leur épingle du jeu.

Réforme, rapport de l’Igas... les changements de cadre

Outre la question du compte personnel qui demande à l’Opca une certaine remise à jour de ses services informatiques, l’actualité d’Opcaim est aussi marquée par la récente sortie du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) demandant aux organismes collecteurs de redéfinir leurs rapports juridique avec les organismes de formation (lire), conséquence de leurs nouvelles missions de prescripteurs. Si d’autres Opca s’étaient depuis longtemps lancés dans des activités de conseil aux entreprises et de prescription sur le choix des prestataires de formation, ce n’est pas le cas d’Opcaim, demeuré fidèle à son rôle initial de collecteur-payeur, laissant le soin à ses entités décentralisées, les Adefim (Associations de développement des formations des industries de la métallurgie) d’endosser cette fonction de conseil. Changement de paradigme : les préconisations du rapport de l’Igas seront probablement examinées lors du conseil d’administration du 31 mars prochain. Même si pour l’heure, du côté d’Opcaim, on attend surtout des précisions quant au contenu du rapport. « Il va nous falloir retranscrire le changement de cadre induit par la réforme » note Jean-François Foucard, « Va-t-il falloir labelliser des organismes de formation ? Ça n’a jamais été la philosophie de l’Opca. Mais de toutes façons, il va falloir s’emparer du sujet ».

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 2 mars 2015.

Mis en ligne le 19 mars 2015
Publicité

catalogue 2018-2019