L’État doit préciser les sommes allouées au financement du transfert de compétences (François Bonneau, président de la région Centre)

26 janvier
2015

Dans un entretien accordé au Quotidien de la formation jeudi 15 janvier, le président de la Région Centre François Bonneau s’exprime sur le transfert des compétences de l’Etat vers les exécutifs régionaux.

Cédric Morin : Comment s’organise le transfert de compétences, dans le cadre de la réforme de la formation professionnelle ?

François Bonneau : Il est primordial que l’État précise les sommes allouées, dans le cadre des compétences confiées aux régions. C’est l’exemple de la formation pour les détenus, la loi prévoit que le financement dans le cadre du transfert soit calculé en fonction de l’enveloppe attribuée les trois dernières années. Il y a deux financeurs, l’État et l’administration pénitentiaire qui apportent respectivement 100 000 euros. Or à priori, nous ne devrions toucher que 25 000 euros de l’administration pénitentiaire. Par ailleurs, nous n’avons pas encore la garantie d’avoir une dotation de 100 000 euros de la Direccte, mais dans tous les cas de figure, nous mettrons au bout et le budget ne baissera pas.

Cédric Morin : Connaissez-vous les mêmes incertitudes pour la formation des travailleurs handicapés ?

François Bonneau : Nous avons moins d’information sur le transfert des fonds pour les formations pour les personnes en situation de handicap, mais nous allons débuter nos actions dans les prochaines semaines. Nous avons un partenariat important depuis 2008 avec l’Agefiph, pour permettre à ces publics d’accéder aux programmes régionaux de formation et nous allons l’amplifier.

Cédric Morin : Comment allez-vous harmoniser la gestion de ces nouvelles compétences, avec votre politique formation globale ?

François Bonneau : D’une part en sanctuarisant leur budget comme nous l’avons fait depuis plusieurs années pour la formation. C’est indispensable pour soutenir le développement économique, l’insertion professionnelle et l’emploi. Par ailleurs nous allons étendre à ces publics, les actions que nous développions pour tous ou sur une problématique spécifique. Nous avons développé depuis 2003, le programme d’acquisition de compétences clés “Visas libres savoirs.” Dans ce cadre, nous avons développé des cursus contre l’analphabétisme ou pour connaître les rudiments de la bureautique ou de l’utilisation d’Internet, que nous allons étendre dans les centres pénitenciers de la région. En dix ans, nous avons financé 300 000 Visas libres savoirs avec par exemple un cursus 3 en 1, pour acquérir des connaissances en expression, calcul et communication, qui peut répondre aux besoins de nombreuses personnes incarcérées.

Cédric Morin : Comment se mettent concrètement en œuvre les autres dispositifs comme le Service public régional de l’orientation dans votre région ?

François Bonneau : Nous sommes en train d’élaborer le développement de tous les dispositifs, le SPRO, mais aussi du CPF [1] avec tous les autres acteurs de la formation professionnelle, comme le Crefop [2] ou Pôle emploi. Nous attendons beaucoup du Conseil en évolution professionnelle (CEP) pour lequel nous avons été région expérimentatrice, et qui est le segment le plus important du SPRO. Nous avons en plus engagé un travail concret, en faisant un appel à projets sur les différents bassins d’emplois, afin de faire émerger les solutions les plus efficaces pour travailler ensemble sur l’information des publics.

Cédric Morin : Quel est concrètement l’objectif ?

François Bonneau : Nous voulons mettre en place un système que j’appellerai deux clics, deux portes, pour permettre aux personnes de trouver avec maximum un seul intermédiaire, le bon interlocuteur pour répondre à son besoin, ou la réponse à sa question. Cela suppose que tous les acteurs se coordonnent et de mettre en place une fluidité, tant dans l’accueil physique que pour l’information dispensée en ligne sur nos différents sites. Si par exemple un chômeur tape à la porte de Pôle emploi pour une formation dont la compétence dépend d’une autre structure, le conseiller pourra immédiatement l’orienter vers le bon interlocuteur.

Cédric Morin : Quand ce service sera-t-il opérationnel ?

François Bonneau : Nous sommes dans la phase de structuration de la politique d’accompagnement avec tous les acteurs, dans ce cadre nous allons signer avec le préfet et le recteur d’académie une convention le 23 janvier, pour organiser ce service par bassin d’emplois. Nous travaillons à une convergence, à l’élaboration d’outils communs depuis un an avec les acteurs de terrain, comme les Missions locales ou Pôle emploi. Il existe encore trop de supports d’information éclatés ou d’acteurs qui interviennent sur un même thème, c’est inutile et inefficace, nous espérons sortir très vite définitivement de cette configuration. L’objectif de la réforme est d’augmenter l’accès à la formation de tous les publics, c’est ce qui caractérise la politique régionale que nous entreprenons sur ces différents points.

Interview réalisée par Cédric Morin
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 16 janvier 2015.

[1Compte personnel de formation

[2Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles

Mis en ligne le 26 janvier 2015
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