La charge brutale et approximative de Jacques Attali contre le "grand gaspillage" de la formation professionnelle

19 décembre
2014

Une violente charge contre la réforme de la formation signée Jacques Attali. Invité à la matinale de France Inter le 11décembre, l’économiste, venu présenter son dernier livre Devenir soi, s’est livré, à l’occasion des questions des auditeurs à plusieurs diatribes contre le système français de formation permanente ainsi que sur la réforme du 5 mars 2014. Une réforme « scandaleuse » et « lamentable » qu’il aurait aimé voir corrigée dans le projet de loi « Macron » pour l’activité et la croissance. « Cette loi, aurait dû être beaucoup plus vaste. Elle aurait dû porter en particulier sur le marché du travail qui est la principale chose qui doit changer. Je pense aux seuils sociaux, mais je pense aussi à la clé du marché du travail, dont personne ne parle, qui est la formation permanente. On ne peut pas rendre plus faciles les licenciements et faire évoluer les seuils sociaux si, en même temps, on ne créé par une opportunité dans l’usage de ce formidable gaspillage des 32 milliards de la formation permanente dont seulement 2% est utilisé pour les chômeurs. On ne le fait pas car tous ces domaines sont totalement phagocytés par des groupes de pression qui eux-même ont un lobby qui les soutient, qui est leur ministère ».

Aux yeux de celui qui présida la Commission pour la libération de la croissance française entre 2007 et 2008, puis en 2010 (commission dont le rapporteur était alors Emmanuel Macron, l’actuel locataire de Bercy), la faiblesse de la réforme trouve son origine dans la négociation entre syndicats et patronat dont elle est issue. « Les partenaires sociaux ne représentent pas l’intérêt général, ils représentent l’intérêt de leurs mandants. Or les employeurs et les employés ne représentent pas l’intérêt des chômeurs (…) il était donc prévisible que seulement 2% de l’argent de la formation permanente soient consacré aux chômeurs alors que dans tous les pays où il n’y a pas de chômage, c’est autour de 30 à 40% ». Et de reprocher, dans la foulée, aux partenaires sociaux la gestion « corporatiste » des fonds mutualisés de la formation. « Le financement de la formation permanente, ces 32 milliards, sont entre les mains d’organes totalement opaques qui s’appellent Opca – lapsus même dans leur nom – dont personne ne connaît le nom des membres des conseils d’administration, ni la façon dont ils utilisent l’argent ». Une analyse lapidaire... mais très approximative puisqu’en réalité, la part des fonds de la formation passant par les Opca tourne autour de 13 milliards d’euros, le solde des "32 milliards" provenant de l’État (près de 5 milliards auxquels se rajoute 6,2 milliards supplémentaires pour la seule formation continue de ses agents dans les trois fonctions publiques) des régions (5 milliards), des autres collectivités territoriales (65 millions d’euros de contribution, mais presque 2,5 milliards pour la formation de leurs agents), de structures comme Pôle Emploi, l’Unédic ou l’Agefiph (2 milliards), des fonds sociaux européens (550 millions) ou des particuliers (1 milliard).

Joint par Le Quotidien de la formation, le ministère du Travail n’a pas souhaité s’exprimer quant aux propos de Jacques Attali.

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 15 décembre 2014.

Mis en ligne le 19 décembre 2014
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