Une réforme qui chamboule l’équilibre entre les acteurs de la formation

17 novembre
2014

Comment la dernière réforme va-t-elle impacter sur les relations entre Opca, entreprises et organismes de formation ? Tout l’enjeu de la table ronde organisée sur ce thème par Opcalia le 7 novembre dernier, était de répondre à cette question et de prendre la mesure des évolutions induites par la loi du 5 mars 2014. Car le Compte personnel de formation est mobilisable à l’initiative du bénéficiaire, ce dernier s’invite donc dans le triptyque qui prévalait depuis 1971 dans le secteur de la formation professionnelle. Par ailleurs l’obligation pour les entreprises de maintenir les compétences de ses salariés, va changer la vision et l’approche des entreprises sur la formation professionnelle, au même titre que les nouvelles technologies, avec l’émergence de la pédagogie multimodale.

« À la veille d’une réforme d’ampleur dans un contexte économique difficile, il ne faut pas oublier les fondamentaux. La formation professionnelle est un investissement avec des effets sur la compétitivité des entreprises, l’employabilité de ses salariés et qui a un impact sur la croissance nationale. L’enjeu avec cette réforme, c’est de transformer le savoir en compétences sur le poste de travail. Auparavant le système reposait sur une obligation fiscale, avec une organisation des dispositifs en tuyaux d’orgue », explique Emmanuelle Pérès, déléguée générale de la fédération de la formation professionnelle, la FFP.

Les organismes de formation doivent prendre le tournant de l’ingénierie de formation

Une réforme qui s’inscrit dans un contexte de mutation pédagogique, avec une progression très nette des cursus mixant le présentiel et les modules à distance, et d’autre part une montée en puissance des formations en interne. « Nous devons travailler autrement, les entreprises font de plus en plus appel à des experts métiers en interne. Cela positionne les organismes de formation dans la sphère de l’ingénierie de formation, pour accompagner cette mutation, comme celle de la multi modalité ou pour inciter les services ressources-humaines à raisonner en termes de parcours. Il est fondamental que les organismes de formation acquièrent les compétences nécessaires pour le faire, l’avenir n’est peut-être pas à l’embauche de formateurs », explique de son côté Alexis Hluszko, le président du Garf, réseau des professionnels RH et formation.

L’individu s’invite dans la relation à trois qui prévalait depuis 1971

« Avec l’arrivée du CPF, l’individu s’invite dans un fonctionnement où les prestataires formateurs et les Opca avaient l’habitude de travailler avec des entreprises. Cette évolution s’imbrique avec celle induite par la généralisation de la certification. Pour obtenir une certification, on peut très bien imaginer mobiliser le CPF, mais aussi une période de professionnalisation, voire le plan de formation, bientôt nous raisonnerons peut être en termes de certification. Cela induirait une logique de résultat et donc d’évaluation de la formation. Seulement cette dernière jouera à 20 % maximum dans le résultat, évaluable totalement, seulement en situation de travail. Il va falloir apprendre à évaluer des processus, ce n’est pas simple. Cependant c’est parce que jusque-là nous n’avons pas réussi à évaluer, que nous n’arrivons pas à faire valoir la plus-value de la formation », souligne Philippe Huguenin-Genie, directeur général d’Opcalia.

Cédric Morin
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 12 novembre 2014.

Mis en ligne le 17 novembre 2014
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