Il fallait « dépoussiérer » le système de formation professionnelle (Laurent Wauquiez)

22 septembre
2009

S’exprimant lundi 21 septembre en séance publique devant les sénateurs, qui examinent le projet de loi relatif à l’orientation et à la formation professionnelle, le secrétaire d’Etat à l’Emploi Laurent Wauquiez a tout d’abord rappelé les enjeux financiers considérables, puis il a détaillé les "insuffisances" du système actuel et le sens et les axes de la réforme.

« Des sommes considérables sont en jeu : 27 milliards environ dont 12 proviennent des entreprises, près de 10 de l’État, si l’on inclut la formation de ses propres agents, et 4 des régions. Compte tenu de l’importance de ces budgets, des conservatismes et des lobbies en place, la réforme était indispensable mais difficile... Il fallait donner un « coup de jeune » à un système à bout de souffle qui n’était plus ni juste, ni transparent, ni efficace. Il fallait le dépoussiérer, et d’urgence. Rarement un projet de loi a porté sur de telles sommes d’argent... », a expliqué le secrétaire d’Etat lors de la discussion générale qui a précédé l’examen du projet de loi en séance publique, devant la Haute assemblée.

Laurent Wauquiez estime indispensable de « remédier de toute urgence à trois insuffisances principales. La première, c’est que notre système, incapable de corriger les inégalités, a au contraire contribué à les renforcer. Nous ne pouvons plus continuer à accepter que l’argent de la formation professionnelle des salariés faiblement qualifiés finance la formation des cadres, que l’argent des PME finance celle des grands groupes et que l’argent des demandeurs d’emplois finance celle des salariés. Si vous êtes ouvrier, vous avez une chance sur sept d’accéder à la formation, contre une sur deux si vous êtes cadre ; si vous travaillez dans une entreprise de moins de dix salariés, vous avez cinq fois moins de chances de vous former que si vous êtes dans un grand groupe. Si vous avez plus de 50 ans, vous avez deux fois moins de chances d’accéder à la formation... Autrement dit, plus vous avez besoin de formation, moins vous avez de chances d’en bénéficier ! Or, plus que jamais, l’ascenseur social a besoin de cette formation cat toute inégalité dans la formation creuse le fossé entre les salariés bien formés et bien informés, et les autres, condamnés à vivoter en passant d’un petit boulot précaire à un autre ».
Deuxième défaut du système : le « manque de transparence, de lisibilité et pâtit de l’absence de toute évaluation
 ».

Un terreau « favorable aux dérives sectaires -coachings divers et stages comportementaux ». Or « d’énormes sommes destinées à la formation des salariés s’évaporent ainsi entre 20 à 30 000 organismes de formation totalement fictifs », ajoute Laurent Wauquiez.

Dernier défaut du système : « trop cloisonné, il est incapable d’accompagner les transitions entre les différentes branches et les différents métiers », poursuit le ministre. Une situation « inacceptable quand on sait que, via le Contrat de transition professionnelle (CTP), il suffit souvent de formations courtes pour passer d’un secteur en perte de vitesse à un secteur qui recrute, par exemple de la vente à distance au travail en centre d’appels ».
Laurent Wauquiez a ensuite tracé les axes de la réforme.

Première ligne de force : « la justice et l’équité ». Objectif : « orienter les financements vers les plus fragiles et ceux qui en ont le plus besoin : les demandeurs d’emplois, les salariés faiblement qualifiés, les PME et les branches qui ne disposent pas de moyens suffisants pour se développer, comme les services à la personne et les emplois verts ».

Deuxième axe : l’emploi, « objectif majeur de la formation professionnelle », selon Laurent Wauquiez. Aujourd’hui, un salarié qui change d’entreprise ou qui perd son emploi voit « s’envoler les droits individuels à la formation (DIF) qu’il avait acquis ». Sur ce point, le projet de loi « consacre les avancées des partenaires sociaux, première étape vers un système de sécurité professionnelle. Il sera désormais possible d’effectuer son CIF (Congé individuel de formation) en dehors de ses heures de travail : il faut réhabiliter les cours du soir », se réjouit le secrétaire d’Etat.

Le ministre a aussi « voulu cibler les formations sur ceux qui recherchent un emploi et dont le système est incapable de financer la reconversion, par exemple ceux qui demandent à passer un Caces (Certificat d’aptitude à la conduite en sécurité) ou à suivre une formation d’aide-soignante ». Avec la réforme, les demandeurs d’emploi pourront suivre une préparation opérationnelle à l’emploi (POE) pour s’orienter vers une profession à laquelle ils n’étaient pas formés initialement mais qui offre des débouchés.

Troisième priorité : « rendre le système de formation plus transparent, plus lisible et en mesurer précisément l’efficacité. » Car la formation professionnelle est aujourd’hui « émiettée en une multitude d’opérateurs ». On compte ainsi près de 100 organismes paritaires collecteurs agréés (Opca), dont la moitié de branches ou interbranches. Laurent Wauquiez souhaite qu’on puisse arriver à une quinzaine d’Opca de branches ou interbranches, afin de garantir un meilleur service de proximité aux entreprises.

« Ces Opca sont trop morcelés, enfermés dans des logiques de métiers trop étroites : il y en a un pour le Crédit agricole, un pour les métiers de la banque, un pour les assurances -comme s’il était impensable qu’on passe d’un de ces secteurs à l’autre ! », tonne Laurent Wauquiez.

Et de déplorer que les Opca ne soient contrôlés « au mieux que tous les 30 ans ». Pour Laurent Wauquiez, « il faut revenir à un délai plus raisonnable de trois ans, les soumettre comme tout le monde aux délais de paiement et aux règles de concurrence ». Ceci pour que l’ensemble de la profession ne souffre pas du manque de professionnalisme, voire de la malhonnêteté de quelques-uns, l’offre de formation sera mieux contrôlée’. Désormais, ‘le premier quidam venu ne pourra plus se déclarer formateur : les règles d’enregistrement des organismes seront plus strictes et les moyens de contrôle renforcés ».

Concernant les rapports Etat/Régions, Laurent Wauquiez a donné raison au rapporteur du projet de loi, pour qui la formation est une « compétence partagée ». « Le projet de loi vise à mieux coordonner les acteurs : au niveau national, avec un rendez-vous annuel fixant les priorités des politiques de formation professionnelle ; au niveau régional, à travers la contractualisation du plan régional de développement des formations (PRDF) », précise le ministre. Pas question par conséquent « d’une quelconque recentralisation mais de dire que, dans ce domaine de compétences partagées, on ne peut rester chacun dans son couloir. C’est la logique du contrat, qui a été voulue par le rapporteur et qui est positive ».

David Garcia
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 22 septembre 2009.

Mis en ligne le 22 septembre 2009
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