Terra Nova formule 27 propositions pour améliorer l’efficacité de la réforme

3 octobre
2014

En juin dernier, le think tank Terra Nova (proche du PS) s’invitait dans le débat sur la réforme de la formation professionnelle en publiant le rapport Entrer et rester dans l’emploi : un levier de compétitivité, un enjeu citoyen dans lequel l’Institut, sans en nier les aspects positifs, pointait les faiblesses de la loi du 5 mars 2014 et listait 27 propositions destinées à en améliorer l’efficacité. Après l’écrit, c’est à l’oral que Terra Nova présentait son texte, mercredi 1er octobre, au Palais-Bourbon.

Pourquoi ce hiatus de quatre mois entre la publication du rapport et ce grand oral à l’Assemblée ? « C’est la méthode Terra Nova » expliquait Martin Richer, le directeur des affaires sociales de l’Institut, « on laisse le temps aux acteurs de s’imprégner de nos propositions avant de leur proposer d’en débattre ». Carambolage imprévu de l’actualité : quelques jours plus tôt, l’hebdomadaire Le Point consacrait une couverture tonitruante au « scandale d’État » des « 32 milliards dilapidés » de la formation professionnelle. « C’est un marronnier, mais encore une fois la formation s’en prend plein la tête... » soupirait Jean-Patrick Gille, député de Touraine venu présenter les grandes mesures – et les pistes d’amélioration – d’une loi dont il fut le rapporteur à l’Assemblée. « Lors du débat parlementaire, on a un peu négligé la question des bilans de compétences ou celle des formations destinées à l’accompagnement à la création d’entreprises. En dépit des avancées contenues dans la loi, tout n’a pas été complètement réglé » avouait l’élu tourangeau.

Objectif compétitivité

Conjuguer l’intérêt des individus et celui des entreprises pour la formation en vue de retrouver de la compétitivité, c’était l’un des objectifs affichés du rapport qui regrettait que la réforme n’ait pas été corrélée au pacte de responsabilité. « Si les 30 milliards du pacte étaient affectés à la formation des demandeurs d’emploi et des seniors, le PIB français augmenterait de près de 7 % » affirmait Mathilde Lemoine, la présidente du groupe de travail à l’origine du texte. Un objectif de compétitivité que Bernard Masingue, co-rédacteur du rapport, peine à voir au sein d’entreprises qui consacrent entre 70 et 80% de leurs budgets formation à la simple adaptation au poste de travail. Des stratégies de court-terme, sans réels effets sur l’évolution des compétences des salariés - 4% des actions de formation continue débouchent sur un diplôme – et qui répondaient surtout à l’obligation de dépense. « À ce titre, la loi du 5 mars offre une liberté nouvelle aux employeurs créatifs. Mais il va falloir mener un vrai travail de désintoxication dans les services formation pour leur faire saisir toutes les opportunités nées de cette nouvelle donne » a annoncé l’ancien directeur de la formation de Veolia Environnement.

"Triple gain"

Jeunes. Salariés à faible qualification. Demandeurs d’emploi. Seniors. Salariés de PME et TPE. Autant de populations éloignées de la formation que Terra Nova propose de cibler. En instaurant, par exemple, un système d’allègements de charges particulier pour les employeurs qui forment prioritairement leurs salariés les moins qualifiés. Ou en permettant aux jeunes décrocheurs de mobiliser leur compte personnel de formation pour reprendre un cursus au sein d’une école de la deuxième chance. Ou en faisant la promotion de l’ « emploi tournant » à la scandinave pour permettre à des chômeurs d’occuper le poste d’employés de TPE partis se former sur une longue durée. « L’idée du rapport, c’est de faire comprendre qu’en misant sur la formation, on peut aboutir à un triple gain. Pour les salariés car la formation constitue pour eux un outil de protection sociale. Pour les entreprises qui, en ces temps de transitions technologiques et environnementales, ont tout à gagner à développer leurs compétences et leur compétitivité. Et pour la société dans son ensemble, à qui bénéficieront ces investissements » notait Thierry Pech, le directeur de l’Institut. Sans quoi, a déjà prévenu le think tank, la réforme qui doit entrer en vigueur le 1er janvier prochain pourrait d’ores et déjà se retrouver « mort-née ».

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 2 octobre 2014.

Mis en ligne le 3 octobre 2014
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