Le Conseil en évolution professionnelle, hydre ou conseiller omniscient ? (Afref)

24 septembre
2014

« La sémantique a évolué, passant de la sécurité de l’emploi à la sécurisation de l’emploi sans que personne n’y retrouve à redire. » René Bagorski, directeur du département Relations partenariales de l’Afpa [1], auparavant conseiller confédéral de la CGT responsable de l’activité formation initiale et continue, a proposé de confronter ces deux notions et d’indiquer ce qu’elles recèlent. Il intervenait, le 18 septembre, dans le cadre du « Jeudi » de l’Association française pour la réflexion et l’échange sur la formation (Afref).

« L’objet de l’accord national interprofessionnel (Ani) du 10 février 1969 est la sécurité (au sens de protection) de l’emploi. Dans ce cadre, on demande à l’entreprise de faire tout ce qu’il faut pour être en capacité de sécuriser l’emploi », a-t-il rappelé. « D’un seul coup, avec l’Ani du 20 septembre 2003 [2], chaque salarié doit réfléchir à son évolution professionnelle. Il doit être acteur de sa formation, de son parcours professionnel, et assurer son employabilité. » Une idée que René Bagorski retrouve dans l’Ani du 7 janvier 2009 sur le développement de la formation. « Ce terme de sécurisation désigne les moyens laissés à l’individu pour qu’il trouve éventuellement un point de chute, gage d’un sentiment de sécurité. Aujourd’hui, avec le compte personnel de formation [3], on donne les moyens à l’individu sans garantir les résultats tout en affichant l’accès à l’emploi et la transition entre les emplois », a-t-il détaillé, ajoutant que « parler de la sécurisation de l’emploi signifie qu’il y a danger du point de vue de la compétitivité des entreprises, de l’employabilité des salariés et du développement économique des territoires ».

Dans l’optique d’un renforcement de la sécurisation des parcours individuels, la loi formation du 5 mars 2014 neutralise le statut de la personne pour faciliter l’accès aux dispositifs d’info-orientation (service public de l’orientation - SPO -, conseil en évolution professionnelle - CEP -) et de formation (CPF). Cependant, a fait remarquer René Bagorski, parmi d’autres exemples, « dans le cadre du CEP, le conseiller va-t-il m’aider en fonction de mes choix, de mon projet, ou en fonction des priorités économiques et territoriales ? De plus, le droit à l’erreur existe-t-il pour moi ? Le contexte est fait pour sécuriser mon parcours mais ce dernier ne l’est pas car je n’ai pas les références et les codes pour avancer dans le système de formation ». Et de considérer : « Aujourd’hui, le système de formation continue n’est qu’un système de formation professionnelle continue et non pas un système qui permettra une émancipation. »

Benoît Palisson, animateur des partenariats territoriaux emploi-formation au sein du Conseil régional de Lorraine, a jugé que « la sécurisation des parcours est un concept qui fait face à des contradictions ». Au sujet du CEP, il a évoqué l’apparition d’un nouveau métier. « Le conseiller va devoir trouver une zone de rencontre entre la connaissance de l’offre de formation, du marché du travail, du contexte économique, du contexte politique et juridique, de la personne (ses attentes...). » Autrement dit, le conseiller en évolution professionnelle doit être un expert en tout et pour tous les publics. « Il doit savoir articuler tous les dispositifs de financement, être fort en gestion de parcours, connaître les besoins économiques locaux, tous les métiers et secteurs, et aussi connaître tous les publics (demandeur d’emploi, jeune, salarié, créateur d’entreprise, artisan...). Le CEP sera soit une hydre, c’est-à-dire qu’on risque d’avoir un conseil en ordre dispersé car chaque opérateur fera en fonction de son public cible, soit il sera un conseiller omniscient », a exposé Benoît Palisson. Mais, selon lui, il n’est pas possible de laisser l’actif « acteur de son parcours » ou le CEP, tout faire et tout porter. La responsabilité en revient à tout un territoire.

Philippe Grandin
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 19 septembre 2014.

[1L’Association pour la formation des adultes.

[2Relatif à l’accès des salariés à la formation.

[3CPF.

Mis en ligne le 24 septembre 2014
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