Avec la loi formation, l’individu est entrepreneur de lui-même (rencontre AQTIF-Info)

22 septembre
2014

«  Comment anticiper les parcours professionnels subis afin qu’ils deviennent des parcours professionnels choisis ? ». Tel était le sujet de la 7ème rencontre organisée à l’initiative du réseau régional Aquitaine Travail Insertion Formation (AQTIF) – info, mardi 16 septembre à Bègles. La notion de parcours professionnel a d’abord été abordée à travers la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle.

Cette loi contient « un fil conducteur mis en avant par le législateur, à savoir que l’individu doit être entrepreneur de lui-même », a exposé Paul de Vaublanc, juriste à Centre Inffo. Cela se traduit par la mise en œuvre du compte personnel de formation (CPF), « droit lié à la personne elle-même et non à son statut », et du conseil en évolution professionnelle (CEP), « ouvert à toute personne ». « En outre, a-t-il poursuivi, dans le cadre du service public régional de l’orientation [1], cinq opérateurs (Agefiph, missions locales, Fongecif, Pôle emploi et Apec [2]) sont chargés du CEP. Ils ont deux rôles essentiels à jouer : faciliter le recours au CPF et assurer l’ingénierie financière pour le bénéficiaire. À ce titre, nous rejoignons l’idée d’un parcours choisi ». Il a également souligné que « la formation utilisée via le CPF constitue un moyen pour l’accès à l’emploi ». Reste aux partenaires sociaux d’indiquer, d’ici la fin de l’année, quelles sont les formations utiles pour l’emploi au plan national, régional et pour les branches professionnelles.

5 opérateurs et 3 niveaux de conseil en évolution professionnelle

De son côté, Gérald Maury, du CIBC (centre inter-institutionnel de bilan de compétences) de la Gironde (33), s’est interrogé sur « la capacité des cinq opérateurs à assurer les trois niveaux du CEP : travail d’information, d’identification des acquis, et d’accompagnement du projet professionnel ». «  Dans la mesure où les pouvoirs publics, a-t-il ajouté, ont mis en place des dispositifs allant dans le sens de la sécurisation des parcours professionnels, les cinq opérateurs doivent instaurer des techniques, des postures, et permettre aux individus de retrouver des pouvoirs d’agir ».

L’autonomie de la personne correspond aujourd’hui à une demande sociale. Véronique Simon, du Céreq, a d’ailleurs utilisé l’expression « d’autonomie vocationnelle », c’est-à-dire ouvrir la possibilité pour les individus « d’effectuer des choix d’orientation auxquels ils peuvent avoir des raisons d’accorder de la valeur ». Mais il s’agit aussi de donner aux conseillers en évolution professionnelle une autonomie opérationnelle pour adapter les dispositifs aux personnes. Pour Gérald Maury, «  le CEP, mais également l’entretien professionnel, vont entraîner des demandes supplémentaires par rapport au dispositif de droit commun qu’est le bilan de compétences ». «  Il va y avoir un travail à réaliser sur la trajectoire professionnelle en lien avec les conseillers des Opacif. Les partenaires sociaux réfléchissent d’ailleurs sur l’évolution du bilan de compétences et dans cette perspective, la Fédération nationale des CIBC fait des propositions ».

La posture des conseillers en mutation

Au sujet des postures à adopter par les conseillers, Cathy Bordis, du CIBC Sud Aquitaine, a fait valoir que « la manière d’intervenir des conseillers a changé ». « Nous travaillons sur la représentation que la personne a de sa propre situation. Nous la questionnons sur ses intentions et sur ce qu’elle a pu faire. Le recentrage sur la personne amène en effet le transfert du pouvoir d’agir ». Elle a ainsi évoqué l’ouvrage d’Alexandre Lhotellier,  Tenir conseil, au regard de la question suivante : « comment rendre l’individu stratège dans un avenir incertain ? ». La posture du  Tenir conseil, pour les conseillers, se traduit dans les faits : 50 % du temps de parole dans les entretiens avec les personnes ; mener une stratégie de clarification avec des questionnements qui visent la compréhension et non pas l’injonction à faire. Résultat, les personnes accompagnées s’attribuent ensuite leur décision et expriment leur futur sous forme de scénario.

Philippe Grandin
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 17 septembre 2014.

[1SPRO

[2Association pour l’emploi des cadres

Mis en ligne le 22 septembre 2014
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