La loi du 5 mars manque d’ambition (Jean Pisani-Ferry)

10 juillet
2014

Et s’il fallait encore une fois réformer la formation professionnelle continue ? C’est en tout cas ce que préconise Jean Pisani-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective, dans son rapport Quelle France dans 10 ans ? – Les chantiers de la décennie, présenté mercredi 25 juin au président de la République.

Dans le cadre d’un travail prospectif commandé par l’Elysée il y a un peu moins d’un an, le Commissariat général a dégagé une contribution livrant à la fois un diagnostic sur l’état du pays et des pistes de redressement pour les dix années à venir. À cette occasion, Jean Pisani-Ferry a mis en lumière l’échec des missions initiales de la formation professionnelle, à savoir celles de permettre aux individus de faire face aux changements et de lutter contre l’inégalité des chances. Si le commissaire se félicite de l’introduction d’un compte personnel de formation attaché à la personne, la nouvelle réforme ne va, selon lui, pas assez loin. « Le compte personnel de formation a ainsi créé un droit nouveau, portable tout au long de la vie professionnelle, qui doit devenir l’instrument d’une appropriation par chacun de la gestion de ses compétences. Mais beaucoup reste à faire pour transformer cette potentialité en liberté effective. À horizon de dix ans, il est indispensable d’aller plus loin dans la lutte contre les inégalités d’accès à la formation. »

Pour créer un droit à la seconde chance effectif, il appelle de ses vœux une réforme du système dépassant la loi du 5 mars 2014. Première priorité : cibler les publics les plus en difficulté en dotant davantage dès le départ le compte personnel de formation des moins qualifiés. Jean Pisani-Ferry propose également de mettre en place une certification nationale des formations pour garantir le niveau qualitatif de la formation. Enfin, il encourage à renforcer largement l’accompagnement des individus, salariés et demandeurs d’emploi, dans leur stratégie de développement des compétences. Concrètement, le rapport fixe deux objectifs chiffrés : diviser par deux la proportion d’adultes concernés par l’illettrisme et faire en sorte que 70 % des adultes atteignent le niveau équivalant au baccalauréat, que ce soit par la formation initiale ou par la formation continue.

Malgré les efforts menés depuis plus de trente ans, la France doit faire face à de piètres résultats en matière d’éducation et de formation comparé à l’international. Face à ce constat, Jean Pisani-Ferry encourage l’État à réinvestir dans le savoir et dans les compétences. Promouvoir la mobilité des jeunes, achever la structuration de l’enseignement supérieur et se saisir de la révolution numérique. Le rapport met l’accent sur l’intérêt que présentent les outils numériques développés à des fins pédagogiques. Plus de souplesse, une manière participative d’apprendre et un développement de l’autonomie des apprenants, de multiples raisons qui poussent le commissaire à encourager l’investissement en la matière. « Les établissements d’enseignement supérieur et de formation continue vont devoir investir résolument dans les cours en ligne (MOOC), pour assurer leur visibilité internationale et multiplier les canaux de transmission du savoir. »

Célia Coste
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 30 juin 2014.

Mis en ligne le 10 juillet 2014
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