Une mobilisation générale pour réussir la réforme de la formation : la lettre ouverte de Jean Wemaëre à Manuel Valls

3 juin
2014

Miser sur la seule loi du 5 mars 2014 pour remporter la bataille pour l’emploi et développer l’économie de la connaissance ? « Une erreur » aux yeux de Jean Wemaëre, le président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP) qui, dans une lettre ouverte au Premier ministre, appelle à « une prise de conscience et à une mobilisation générale pour concrétiser le potentiel de la réforme ».

Si la réforme a permis à l’écosystème de la formation professionnelle de se doter de nouveaux outils (compte personnel de formation, conseil en évolution professionnelle, nouvelles instances de gouvernance de la formation, etc.) et de faire évoluer les dispositifs réglementaires vers une logique d’investissement plutôt que de maintenir une obligation de dépense, la FFP pose cependant la question de l’appropriation nécessaire desdits outils par les concernés, qu’il s’agisse des entreprises, des salariés ou des demandeurs d’emploi « Or, faute d’une mise en œuvre rapide et lisible de ces outils, nous sommes aujourd’hui face à un risque de trou d’air qui nuira à la réussite de la réforme, voire endommagera durablement le système de formation professionnelle » estime Jean Wemaëre qui ajoute que « sans action volontariste », à l’échéance 2020, près de 2,3 millions d’actifs non qualifiés pourraient se retrouver sans travail alors que presque autant d’emplois – mais de niveau bac – ne seraient pas pourvus.

Une action volontariste qui pourrait, selon le président de la FFP, passer par un retour du politique dans les politiques de l’emploi, afin de franchir le cap des 50 % de salariés (particulièrement les ouvriers et employés de PME) bénéficiant d’une formation au moins une fois par an. Ce à quoi devrait s’ajouter une réduction drastique du temps d’attente des demandeurs d’emploi avant d’accéder à la formation (passant de 8 à 3 mois en moyenne) ainsi que des efforts tout particuliers en direction de cette population particulièrement fragile que sont les seniors.

Mais ce que la FFP demande également, c’est une modernisation de la formation qui pourrait, notamment, s’exprimer par l’élargissement de la définition d’une action de formation permettant de l’étendre aux pédagogies numériques. C’était déjà dans l’esprit de la réforme. Reste à le traduire dans un décret d’application. Et surtout, la Fédération souligne l’importance de communiquer auprès du grand public et suggère que les partenaires sociaux, les collectivités et l’État s’engagent dans une vaste campagne d’information et de promotion de ces nouveaux dispositifs, « compte personnel de formation et entretien professionnel en tête ».

Reste la question des jeunes qui pourraient devenir « les grands oubliés de la réforme » si l’État ne procède pas à un certain rétropédalage sur l’alternance, particulièrement, comme le suggère Jean Wemaëre, « en revenant de façon urgente sur les récentes mesures relatives à la gestion de la taxe d’apprentissage » (qui prévoient de flécher ces crédits davantage vers les Conseils régionaux au détriment des établissements de formation), mais aussi en simplifiant les dispositifs existants, au travers, par exemple, du « droit universel à l’alternance » pour lequel la FFP milite depuis plusieurs années. Un droit qui se traduirait par l’ouverture à tous des dispositifs de formation initiale et continue « dès lors qu’est préparée toute ou partie d’une certification ». Selon les calculs de la Fédération, « ce sont plus de 500 000 nouveaux alternants qui pourraient ainsi être formés chaque année ».

Autant de conditions, selon la fédération des employeurs des organismes de formation, qui détermineront la réussite – ou non – de la réforme.

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 22 mai 2014.

Mis en ligne le 3 juin 2014
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