Pour réussir, la réforme doit aller au bout de sa logique « d’autonomie de la volonté » (Jean-Marie Luttringer)

2 juin
2014

Dans sa chronique du 11 mai 2014, le consultant Jean-Marie Luttringer explique comment la dernière réforme inscrit la formation professionnelle dans une logique « d’autonomie de la volonté », qui suppose juridiquement que l’homme est apte à faire « sa propre loi ». Ainsi, la mise en œuvre de l’entretien professionnel, du conseil en évolution professionnelle ou du compte personnel de formation, le CPF, concourent à affirmer le libre arbitre dans le choix du bénéficiaire de se former ou non. De son côté, la suppression d’une partie de l’obligation fiscale pour les entreprises les inscrit également dans cette démarche d’autonomie. « Ce principe est l’exact opposé de la logique tutélaire du droit à l’éducation, et prescriptive de la loi fiscale, qui ont profondément imprégné les esprits et structuré la manière de penser la formation professionnel », met en perspective Jean-Marie Luttringer.

L’ouverture du CPF à 25 millions d’actifs symbolise ce tournant, tandis que la baisse partielle de l’obligation marquera un reflux du contrôle administratif qui devra être compensé par un contrôle social des instances représentatives du personnel. « L’autonomie des acteurs du système français de formation professionnelle induite par la réforme suppose une responsabilisation de ces derniers », poursuit-il. Selon lui, sur ce point, la réforme s’arrête au milieu du gué puisqu’elle ne prévoit pas de sanction si les processus d’entretien professionnel et du bilan du parcours ne sont pas respectés. Par ailleurs, elle se heurte à une culture où l’accès et le financement de la formation sont prescrits par un tiers. « Peut-être échouera-t-elle si les salariés, leurs élus dans l’entreprise et les branches ne se l’approprient pas par l’exercice de « l’autonomie de la volonté » qui s’exprime à travers le contrat individuel et collectif. »

A ce titre, les acteurs doivent prendre l’initiative de créer un droit fondé sur le contrat, indispensable pour faire un lien entre les différents points de cette réforme, qui sont tributaires les uns des autres. Ainsi, la réussite du CPF tiendra à la qualité des entretiens professionnels au sein de l’entreprise et en dehors, à celle des conseils en évolution professionnelle. Dernière condition de la réussite de la loi, elle doit préciser les conditions dans lesquelles la personne peut contribuer à la capitalisation et à l’abondement de son CPF. Une approche qui permettra de dissocier ceux qui sont à même de mettre en place une stratégie d’évolution de carrière des autres. Cela permettra d’affecter aux plus fragiles les ressources financières et méthodologiques pour ce faire, tandis que le droit opposable à un premier niveau de qualification doit être assuré par le service public régional de formation.

Cédric Morin
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 19 mai 2014.

Mis en ligne le 2 juin 2014
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