Miser sur l’autonomie des individus pour un système de formation plus efficace (Marc Ferracci)

15 mai
2014

« Il faut que les individus puissent faire jouer leur droit en matière de formation de manière plus autonome. C’est le manque d’autonomie qui empêche aujourd’hui notre système d’évoluer. » C’est à l’occasion d’un séminaire sur les politiques de l’emploi, organisé par la direction générale du Trésor qui se tenait mardi 13 mai à Bercy, que Marc Ferracci, économiste spécialiste de l’évaluation de la qualité de la formation, a livré son point de vue sur l’efficacité du système à l’aune de la loi du 5 mars 2014. Pour lui, l’amélioration de la formation professionnelle doit se traduire par une responsabilisation plus grande des personnes. « Cela passe inévitablement par la reconnaissance du principe suivant : celui qui tire un rendement de la formation professionnelle doit payer. Malheureusement le système français ne permet pas que ce principe soit respecté, ce qui engendre des gaspillages et un sous-investissement. »

Si de bonnes intentions ont été affichées lors de la mise en place de la nouvelle réforme, pas sûr que la loi du 5 mars permette de changer les choses. « La création du compte personnel de formation est un bon dispositif, notamment grâce à son aspect portable. Idem pour la suppression du 0,9 %, qui permet de simplifier les démarches de l’employeur, ainsi que pour la création du conseil en évolution professionnelle qui renforce l’autonomie des personnes en offrant une information sur la qualité de la formation. Le problème, c’est que le diable est dans les détails. À y regarder de plus près, on voit que la loi ne permet ni de relever le niveau de qualité de la formation, ni de modifier l’architecture générale du financement. »

Suppression du rôle de collecteurs des Opca

« La complexité de l’offre, des mécanismes et des dispositifs est un des défauts majeurs du système de formation professionnelle. Pour plus de simplicité, il faudrait permettre le décloisonnement selon les publics et selon les statuts. » Pour ce faire, l’économiste propose une « désintermédiarisation ». « La suppression du rôle de collecteurs des Opca permettrait de faire renouer une relation directe entre les individus et les prestataires. » Encore une fois, il martèle que cela ne pourra pas se faire sans une plus grande autonomie des individus. « Cela suppose la mise en place d’un conseil en accompagnement mais aussi l’existence dans l’entreprise d’un dialogue social de qualité. »

Le consultant Jean-Pierre Willems, également présent ce matin-là au ministère, ne voit pas les choses du même œil. « La moitié de la collecte des Opca se fait au titre du plan de formation. L’intermédiation joue donc un rôle assez faible et ne s’oppose pas au développement de l’autonomie et de l’employabilité du salarié. »

Des financements insuffisants et mal ciblés

Le système actuel présente des effets modestes sur les salariés et, dans le même temps, un impact fort sur la productivité. « L’entreprise capte les bénéfices de la formation. Nous avons perdu de vue la fonction de mobilité professionnelle ascendante des salariés dans ce contexte de chômage de masse. Je pense au contraire qu’il ne faut pas trop la négliger. » Depuis 1970, la tendance a été à la réduction du temps passé en formation dans le même temps que l’accès est devenu plus fréquent et plus massif. Selon l’économiste, il est nécessaire de repenser le système de financement en tenant compte de l’incitation des entreprises à l’externalisation. « Pourquoi ne pas passer par des subventions pour encourager les entreprises dans cette démarche ? »

Célia Coste
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 14 mai 2014.

Mis en ligne le 15 mai 2014
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