Tracer les compétences plutôt que les fonds : l’enjeu de la réforme pour les services formation (séminaire Demos)

17 avril
2014

Ambiance tendue vendredi 11 avril au siège de Demos, à l’occasion d’un séminaire consacré à la réforme et à ses conséquences sur les services formation. Les quelque soixantaine responsables formation et ressources humaines présents se sont inquiétés des conséquences de la loi du 5 mars 2014 sur leur existence même.

Une interrogation d’autant plus légitime qu’en amont de la réforme, la tendance au sein des entreprises était déjà à la disparition des services formation, absorbés par des directions RH aux attributions plus vastes. « La tendance de fond, au sein des entreprises, est au repositionnement de la formation », notait Éric Darras, directeur du développement de Demos. « L’un des enjeux de ces services dans les années à venir va être de faire le lien entre la stratégie de l’entreprise et la politique GPEC. » Dans un contexte difficile puisque certains Opca prévoient d’ores et déjà des ressources en baisse de 30 à 40 %, conséquence d’une réduction des contributions d’1,6 % à 1 % de la masse salariale des entreprises.

Moins de fiscal, plus de social

Moins de fiscal, plus de social : c’est l’un des nouveaux paradigmes apportés par la réforme puisque désormais, ce sont moins les services de contrôle de l’État que les IRP [1] — dont l’implication dans les négociations formation ont été accrus par la loi — qui constitueront l’organe de surveillance des fonds de la formation des entreprises. Un dialogue social revisité, donc, auquel s’ajoute l’obligation de mener, tous les deux ans, des entretiens professionnels susceptibles, en cas de non-respect des objectifs fixés par la réforme, de donner lieu à des sanctions financières sous forme d’abondements supplémentaires au compte personnel de formation (CPF). « Il va être difficile de confier cette responsabilité aux managers », expliquait le consultant Jean-Pierre Willems. « Ceux qui mèneront ces entretiens doivent disposer d’une vision à deux ans de l’entreprise et de ses besoins-métiers, ce qui est rarement le cas des chefs d’équipe. »

Transformer les listes des formations éligibles au CPF en consommables

Et se pose aussi la question du futur CPF qui entrera en vigueur au 1er janvier 2015 et remplacera le Dif (même si le crédit d’heures de ce dernier demeure valable jusqu’en 2020) en se basant sur les listes des formations actuellement en cours d’élaboration par les Régions et les partenaires sociaux. « Avec le compte personnel de formation, il s’agira désormais de pouvoir assurer la traçabilité des compétences plutôt que des fonds », a résumé Jean-Pierre Willems. Et de changer certaines mentalités développées depuis quarante ans maintenant, puisqu’avec la nouvelle donne, ce ne sont plus les stagiaires qui noteront les formateurs, mais l’inverse puisque les formations suivies au titre du CPF devront nécessairement être qualifiantes ou certifiantes. Et cette peur de l’échec pourrait être de nature à refroidir les ardeurs de candidats à la formation. Mais aux yeux du consultant, les entreprises ont tout intérêt à se positionner sur le compte personnel de formation dès 2015, alors que les Opca disposeront encore de la trésorerie liée à la collecte 2014, basée sur une contribution à 1,6 %. Y compris les PME pour lesquelles, selon Jean-Pierre Willems, la réforme ouvre un champ d’opportunités. « Les structures de moins de 50 salariés qui fonctionnent en réseau — franchises, distributeurs, etc. — bénéficient encore des versements des Opca au titre du plan et ont tout intérêt à se rassembler autour d’une tête de réseau, un organisme de formation par exemple, et développer des stratégies communes autour du management du CPF, de la communication qu’il faudra adresser à leurs salariés et pour inciter à l’accompagnement. Pour elles, ce nouveau dispositif permet un accès gratuit à la formation puisqu’elles bénéficient du transfert des financements des grandes entreprises et que les coûts pédagogiques sont pris en charge par les Opca. » Une condition préalable, cependant : « Que les listes des formations éligibles au compte personnel puissent être facilement transformées en consommables. »

Nouvelles contraintes, nouvelles opportunités

Toutefois, si la réforme simplifie la gestion financière de la formation, elle n’en impose pas moins aux entreprises de nouveaux processus de reporting (sur les entretiens, la GPEC, les besoins en compétences à moyen et long terme) et la conception de nouvelles normes pédagogiques (comment articuler un dispositif individualisé comme le CPF avec les besoins de l’entreprise ?) « La réforme fait entrer la formation dans un processus plus chronophage, ça risque d’être difficile à gérer pour les services formation », avouait Éric Darras. Que du négatif ? « Non, puisqu’en dépit des nouvelles contraintes, de belles opportunités s’ouvrent à ceux qui sauront les saisir. »

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 14 avril 2014.

[1Instances représentatives du personnel

Mis en ligne le 17 avril 2014
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