Une réforme accueillie dans les entreprises avec méfiance... ou indifférence (étude 2014 Cimes)

16 avril
2014

C’est partagés entre méfiance et indifférence que salariés, directions des ressources humaines et services formation ont accueilli la récente réforme de la formation, à en croire l’étude 2014 sur la formation professionnelle en France, réalisée par le cabinet Cimes [1].

Indifférence, d’une part, parce qu’à 45 %, les sondés avouent n’avoir aucun avis sur la réforme en vigueur depuis le 6 mars dernier. Méfiance, lorsque 26 % jugent que ses principes sont bons, mais qu’elle aura surtout pour conséquence de complexifier le système. A contrario, ils ne sont que 10 % à la considérer comme une évolution « majeure et positive ».

Le secteur de la santé en proie au doute

Pourtant, à en croire le panel interrogé, la formation demeure un sujet important dans l’entreprise. 70 % des répondants la jugent toujours « importante », voire « stratégique et essentielle ». Encore faut-il nuancer car, en grande partie, les plus enthousiastes vis-à-vis de la formation demeurent les directions RH et les services formation eux-mêmes alors que les « clients internes » (salariés) restent plus dubitatifs (46 % jugent le sujet « important », mais seuls 16 % l’estiment « stratégique et essentiel »). La taille y fait, également, puisque c’est dans les structures de plus de 3 000 salariés que les résultats les plus positifs sont enregistrés, là où, dans celles de moins de 500 collaborateurs, l’importance de la formation est davantage relativisée. Par secteur, ce sont surtout les domaines de la banque, de l’assurance, des transports, de l’industrie, de l’énergie et du BTP qui voient d’un bon œil les actions de formation. En revanche, c’est au sein du secteur de la santé que la formation a la moins bonne presse, celle-ci étant jugée « secondaire » à 46 %. « Cela s’explique par la situation d’un secteur en crise qui a vu, en son sein, de nombreux PSE [2] l’an passé ainsi que la disparition d’un grand nombre de postes de visiteurs médicaux suite aux restructurations des laboratoires », explique Bertrand Milas, directeur commercial de Cimes, pour justifier la piètre vision qu’ont les professionnels du domaine sanitaire du bénéfice de la formation continue.

Les responsables formation plus pessimistes que la moyenne

Pour l’heure, cependant, et en attendant les décrets qui devraient clarifier la loi du 5 mars 2013, les entreprises restent dans le flou concernant les impacts de la réforme. Ainsi, 44 % des clients internes estiment que la réforme « ne changera rien » à la stratégie des entreprises (qui reste, à 80 %, le développement des compétences des salariés). Plus révélateur encore, 57 % des responsables formation partagent cet avis et 16 % d’entre eux pensent même qu’elle va dégrader l’importance de la formation au sein des entreprises. De loin, ce sont eux les plus pessimistes, bien avant les services RH (8 %) et les salariés (3 %). Là encore, le secteur de la santé reste le plus indifférent à la nouvelle donne puisque qu’à 52 %, on pense que la réforme ne changera rien, voire qu’elle pourrait nuire à la motivation des collaborateurs ou à la transformation des entreprises, là encore, dans un contexte dégradé.

Le CPF peu convaincant

Quant à l’évolution du Dif vers le CPF [3], elle n’est accueillie que par des haussements d’épaule. Pour 36 % des sondés, le passage du droit individuel au compte personnel ne « changera rien » et 35 % avouent ne pas avoir d’avis sur la question. Mais 15 % estiment que sa conséquence sera la diminution du nombre de formations cofinancées par l’entreprise et 14 % jugent que la réforme va surtout servir à orienter davantage les fonds vers les demandeurs d’emploi. 34 % des responsables formation partagent cet avis, contre 9 % des salariés. Quant à l’entretien professionnel, il suscite le désintérêt dans des proportions assez proches. En revanche, avec le recul – ressenti – des fonds de la formation, les sondés considèrent que le blended-learning constitue la réponse la plus adaptée aux besoins en développement des compétences. Quant aux Mooc [4], apparus pour la première fois dans une étude Cimes, ils recueillent l’avis favorable de 29 % des répondants.

« Tous les acteurs ont noté des baisses de budget sur l’année 2013 et ne s’attendent pas à une amélioration dans les années à venir », indique Bertrand Milas qui voit également le pessimisme ambiant comme un « effet de la réforme » qui pourrait bien changer lorsque les contours de celle-ci seront connus après publication des décrets. Une constante ressort cependant de l’étude : le modèle temporel de l’offre de formation a vécu et rares sont ceux qui, aujourd’hui, acceptent de passer plusieurs jours d’affilée dans une salle de cours. L’attente générale tend vers des formations plus courtes, mais plus fréquentes. De quoi interroger l’offre de formation existante sur le marché.

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 10 avril 2014.

[1Étude menée en mars 2014 auprès de 632 répondants, avec une certaine sur-représentation des cadres.

[2Plans de sauvegarde de l’emploi.

[3Compte personnel de formation.

[4Massive Open Online Course.

Mis en ligne le 16 avril 2014
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