L’Afpa déploie sa nouvelle offre de formation, modularisée et multimodale

24 mars
2014

Avec la réforme, l’Afpa entend rebattre les cartes de son offre de formation afin de s’adapter à la nouvelle donne née de la loi qui fait du compte personnel de formation – et de sa limite légale de 150 heures – la pierre angulaire du système de formation français. « Des formations souples, à la carte et modularisées mieux adaptées aux besoins des entreprises et des actifs », a expliqué le président de l’Association, Yves Barou, mercredi 19 mars lors de la présentation de cette nouvelle offre de formation à la presse.

Quelques jours plus tôt, lundi 17, c’est devant les personnels de l’Afpa qu’était présenté ce nouveau projet pédagogique. Un exercice cependant gâché par l’appel au boycott lancé par les syndicats de l’Association dans le cadre de leur bras de fer avec la direction relatif à la situation financière de l’opérateur. « Mais cet appel au boycott était davantage un coup de semonce adressé aux dirigeants et une manière de marquer le coup dans un contexte globalement dégradé ; il n’était pas lié à cette nouvelle offre », avouait Alain Guillemot, secrétaire général de la CFDT-Afpa.

935 modules de formation pour 235 titres professionnels

Le pari de l’Afpa ? Abandonner ses formations "longue durée" d’un seul bloc jusqu’alors proposées par l’organisme de formation – à titre d’exemple, celle d’électromécanicien de maintenance industrielle s’étendait sur 1 205 heures – et les scinder en "briques" modulaires certifiantes d’une durée avoisinant les 200 heures (50 % ont une durée inférieure à 175 heures) pour les rendre conformes avec le plafond du compte personnel de formation ; quitte à faire abonder le supplément par l’entreprise, la branche professionnelle, l’Opca ou tout autre "abondeur" potentiel dans une logique de co-investissement avec le salarié ou le demandeur d’emploi. D’ores et déjà, 235 formations métiers de l’Afpa menant à des titres professionnels reconnus par le ministère du Travail ont été modularisées en 965 briques de formation, dont 588 conduisent à la validation par un certificat de compétences professionnelles (CCP). Par ailleurs, dans sa volonté de développer davantage de sur-mesure dans son offre de formation, l’Afpa a conçu une cinquantaine de modules communs à 126 formations qualifiantes ou certifiantes dans le but de créer des passerelles entre les métiers ou de permettre des réorientations en cours de formation.

« Pas une formule low-cost »

« Une sorte de menu à la carte », a jugé Yves Barou. Et si cette souplesse nouvelle est conséquence d’une réforme que l’Afpa avait anticipée, elle entend également répondre aux besoins des entreprises qui, interrogées dans le cadre d’une étude OpinionWay, étaient 63 % à avouer rencontrer des difficultés à trouver les profils adaptés aux postes à pourvoir. « Les entreprises ont beau affirmer qu’à leurs yeux la formation est un investissement, on observe qu’elles persistent à la concevoir avant tout comme une taxe. Dans la pratique, les budgets formation sont toujours les premiers à se voir taillés en cas de crise. Il y a là une véritable dyslexie mentale chez les employeurs que cette nouvelle offre pourrait contribuer à combattre », a estimé le président de l’Afpa qui récuse toute volonté de faire du "low-cost" comme l’a assuré, notamment, Sud-FPA. « Les formations de l’Afpa ont été arbitrairement découpées en oubliant totalement le contenu pédagogique », a ainsi dénoncé François Duval, délégué syndical central de l’Association pour qui « cette nouvelle offre est une conception 100 % issue de l’ingénierie formation de l’Afpa qui n’a, à aucun moment, consulté les formateurs eux-mêmes. »

Multimodal

Et cette « révolution pédagogique » - dixit Yves Barou – ne se limitera pas à la seule modularisation des formations puisque dans un second temps, l’Afpa se positionnera sur le marché du multimodal (présentiel, e-learning, mise en situation de travail, etc.) avec le développement d’outils numériques interactifs (serious games, cloud et simulateurs) adaptés aux formations dispensées dans les centres de l’Association. Pas question, cependant, de céder au tout-distanciel a prévenu le président de l’Afpa. « Certains gestes professionnels ne peuvent se transmettre par la voie du numérique », a-t-il indiqué, insistant sur la force de l’accompagnement des formateurs de l’Afpa auprès de leurs futurs e-stagiaires. « Bien utilisé, le numérique peut créer un réseau professionnel ou social, ce qui est l’un des objectifs de cet outil. Si le e-learning 1.0 a échoué, c’est à mon avis parce qu’il laissait trop souvent l’apprenant seul devant son écran. »

En dépit de ses soucis de trésorerie, l’Afpa entend bien, grâce à cette offre nouvelle, constituer « le premier opérateur à proposer des solutions cohérentes avec le CPF [1] ». Un compte personnel dans lequel Yves Barou avoue croire, à condition cependant, que les "abondeurs" de celui-ci sachent y percevoir leur intérêt car « sans abondements, le CPF risque de n’être qu’un pétard mouillé ».

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 20 mars 2014.

[1Compte personnel de formation

Mis en ligne le 24 mars 2014
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