Un projet de loi qui pose autant de questions qu’il en résout, pour les directeurs des ressources humaines

26 février
2014

« Travail sur la qualité de l’offre, l’évaluation, approche territoriale, où faut-il placer les priorités ? », se sont demandé les participants à la rencontre de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH) à la France Business School de Poitiers, le 18 février, un débat intervenant en simultané avec l’examen du projet de loi sur la formation au Sénat.

Dans un contexte économique incertain, la soixantaine de responsables du recrutement, consultants et formateurs présents semblaient craindre que la formation ne soit plus une priorité pour de nombreuses entreprises.

Antoine Foucher, directeur de la formation du Medef, les a invités à participer rapidement à la constitution de listes correspondant le mieux aux besoins locaux en formation de leurs salariés, « pour apporter une valeur ajoutée par rapport aux Conseils régionaux ». Selon lui, chaque entreprise doit faire sa gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) pour utiliser tous les fonds de la sécurisation des parcours professionnels des salariés.

« Je préfère collecter moi-même », le directeur du Fongecif Poitou-Charentes

Pour les responsables du recrutement, le cadre de financement mutualisé de la formation professionnelle, lourd, complexe et peu transparent, peine à convaincre de ses vertus redistributives. Laurent Réveillon s’est déclaré vigilant sur le fait qu’on enlève aux Fongecif la collecte « pour leur permettre de se recentrer sur leur cœur de métier ». « Je préfère collecter moi-même pour assurer ma gestion de trésorerie », a résumé le directeur du Fongecif Poitou-Charentes, tout en concédant que les Opca avaient les moyens de le faire mieux.

Sur les 150 heures de formation prévues dans le CPF, Laurent Réveillon estime que cela conduit à des scénarios de validation des acquis de l’expérience (VAE) modulaires. Et qu’en définitive, tous les salariés ne verront pas leur formation reconnue. Toutefois, le conseil en évolution professionnelle (CEP) mettra plus les personnes en avant, selon lui, que l’accompagnement actuellement réalisé par les conseillers Fongecif en partenariat avec Cap emploi pour les personnes handicapées.

Les directeurs des ressources humaines dans l’assistance ont estimé que le salarié allait utiliser son capital, et se montrerait certainement plus regardant que par le passé sur l’usage qui en est fait.

Christian Aubin, de la commission nationale Emploi de l’ANDRH, se faisant provocateur, rappelait un cas vécu dans le secteur des assurances, quand les responsables RH proposaient des formations en calcul et en français à leurs employés, à la surprise de leurs dirigeants, dans les années 1980. Aujourd’hui, selon lui, on trouve dans les entreprises d’assurances en Poitou-Charentes des utilisateurs de progiciels qui ne savent pas faire fonctionner Excel ou Word. Et quid de leur employabilité en cas de retour sur le marché du travail ?

« Une formation réussie, c’est quand on a bien mangé à midi »

Francis Dumasdelage, président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP) de Poitou-Charentes se disait favorable à la fin de l’obligation fiscale, mais il craignait un retour de bâton du côté de la Dirrecte, susceptible d’interroger les entreprises tant sur le fond que sur la forme de leurs déclarations. Mais « tout ce qui nous intéresse, résumait-il, c’est l’acte pédagogique financé par les 14 milliards de la formation (cotisation des entreprises), dont la moitié gérée par les partenaires sociaux ».
Et de s’interroger sur le contrôle de qualité, thème cher à la FFP, créatrice de l’Observatoire de la qualité des formations, avec une boutade sur la formation réussie quand on a bien mangé à midi. Alors qu’existent trois ou quatre normes de qualité des formations, comment savoir laquelle retiendra le salarié auquel elle est destinée ?

Le même se déclarait sceptique quant à la maturité des partenaires sociaux du niveau régional, placés en vis-à-vis de l’Etat ou des Conseils régionaux.

Xavier Olry
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 20 février 2014.

Mis en ligne le 26 février 2014
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