Pacte de responsabilité : le Medef opposé à l’augmentation du nombre des contrats de génération dans le privé

19 février
2014

« Ce pacte de responsabilité, je l’aime, je l’ai applaudi ! », annonçait Pierre Gattaz le 18 février, à l’occasion de sa conférence de presse mensuelle. Attendu sur les contreparties (efforts des employeurs sur l’emploi, l’investissement, la formation et le dialogue social) aux exonérations fiscales promises aux entreprises par François Hollande - les négociations entre partenaires sociaux en ce sens s’ouvriront le 28 février - le patron des patrons vient de rendre publics les "25 engagements" sur lesquels son mouvement s’affirme prêt à se mobiliser avec l’objectif « de créer un million d’emplois d’ici à 2017 ».

De l’observatoire des contreparties annoncé par le Chef de l’État, Pierre Gattaz ne veut pas entendre parler. « Le pacte de responsabilité ne doit pas être un exercice de communication ou une lubie », a-t-il affirmé. En lieu et place, c’est à un « Comité de pilotage du pacte » qu’a appelé le président du Medef à l’occasion de sa conférence de presse. Un Comité « au nom beaucoup moins agressif » au sein duquel il s’affirme prêt à engager l’organisation patronale durant les cinq ans à venir.

Un moratoire sur les contraintes pour les entreprises

Sans surprise, le patron du Medef a souhaité voir le gouvernement poursuivre sa politique de baisse de la pression fiscale sur les entreprises. Une diminution évaluée à 60 milliards d’euros et à mettre en œuvre « dès le mois de mars » à laquelle devrait s’ajouter, selon les vœux du PDG de Radiall, « un moratoire » sur une quinzaine de projets et propositions de loi « qui sont autant de contraintes sur le dos des patrons », parmi lesquelles la cotisation des entreprises au nouveau fonds destiné au financement des partenaires sociaux ou l’accroissement des sanctions sur les entreprises de 50 à 300 collaborateurs qui ne respecteraient pas les quotas de contrats de génération.

Contre une augmentation des contrats de génération dans le privé

Car côté patronal, on perçoit comme une contrainte supplémentaire pour les employeurs le durcissement de ton de Michel Sapin sur ces contrats dont seuls 20 000 ont été signés en 2013 alors que les prévisions du ministère du Travail portaient sur 75 000 au cours de l’année écoulée (lire). « Nous sommes très clairement contre cette mesure ! », a affirmé, pour sa part, Jean-François Pilliard, vice-président du Medef en charge du pôle social en marge de la conférence de presse, « les créations d’emploi ne peuvent pas se décréter et les employeurs recrutent avant tout en fonction de leurs besoins. Je regrette que face au chômage des jeunes, le gouvernement fasse à nouveau le choix de la vieille méthode traditionnelle qui consiste à sanctionner les entreprises qui ne respectent pas les quotas fixés par les pouvoirs publics. »

Les politiques d’alternance à décider au niveau des branches professionnelles

Idem concernant l’alternance, la formation des jeunes ou l’insertion par l’activité économique « qu’il appartient à chaque branche, chaque entreprise, chaque secteur de définir » en fonction de ses spécificités et de ses situations particulières. « Prendre des engagements contractuels et mathématiques au niveau national pour favoriser l’alternance n’a pas de sens. Les PME sont souvent mal équipées pour recruter des apprentis », a expliqué Jean-François Pilliard qui propose qu’en la matière, les stratégies soient plutôt imaginées et déployées au niveau des branches professionnelles comme ce fut le cas dans la métallurgie dans le cadre d’un plan sur trois ans ayant abouti à l’embauche de 40 000 alternants grâce à une politique de parrainage dont les grands groupes ont fait bénéficier les PME de la branche.

Un effort particulier sur les métiers en souffrance

Et reste également la question des métiers en souffrance (400 000 emplois non pourvus selon les chiffres avancés par le Medef) sur lesquels l’organisation patronale propose de communiquer au travers d’une vaste campagne d’information télévisée. Une opération que le mouvement de Pierre Gattaz entend voir couplée avec des dispositifs d’orientation destinés en priorité aux jeunes et aux demandeurs d’emploi.

Pour l’heure, Jean-Marc Ayrault a fixé au mois de mars la date butoir à laquelle les contreparties du pacte de responsabilité devraient être déterminées par les partenaires sociaux. Côté Medef, on attend la réunion du 28 février destinée à fixer l’agenda social et les grands thèmes qui seront discutés. Et en cas de conditions satisfaisantes pour le camp patronal, Pierre Gattaz s’est affirmé prêt à lancer les premières mesures opérationnelles du pacte dès le mois d’avril.

Benjamin d’Alguerre
Article paru dans Le Quotidien de la Formation du 19 février 2014.

Mis en ligne le 19 février 2014
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